mardi 21 février 2012

Participation aux Impromptus Littéraires : Le mariage de ma cousine


Cette semaine, sur le site des Impromptus Littéraires (lien ici), l'exercice consiste à écrire un texte ayant pour thème "Le mariage de ma cousine". Comme certains des commentaires que j'ai eu sur ce site au sujet de mon texte semblent indiquer que l'on puisse croire qu'il s'agit du récit d'un fait vécu, je tiens à préciser que c'est une fiction. 


Le mariage de ma cousine


J’avais dit à ma mère que je n’irais pas au mariage de ma cousine, la fille de l’une de ses soeurs. Mais, à la dernière minute, il m’est soudainement paru important de participer à cette réunion familiale et j’ai commencé à faire des appels pour savoir si je pouvais m’y rendre avec quelqu’un, car, à cette époque, je n’avais pas d’auto. 
Malheureusement, comme le mariage avait lieu à Québec, tout le monde avait décidé d’en profiter pour passer la fin de semaine dans cette ville et d’y arriver le vendredi soir, alors que pour moi c’était tout à fait hors de question que je manque ma pratique de chorale. Comme il n’était pas question non plus que je prenne l’autobus, faute d’argent, j’avais renoncé à y aller. 
Ce vendredi là, j’étais déjà couché quand le téléphone a sonné. C’était ma mère. Elle m’appelait de Québec pour me dire que si je voulais je pouvais avoir la possibilité d’embarquer le lendemain matin avec le frère de la mariée : mon cousin Antonin. Je n’avais qu’à l’appeler à un numéro qu’elle me donna. Il était déjà au courant.
Mon Dieu, Antonin ! Je l’avais complètement oublié celui-là. La dernière fois que je l’ai vu, nous avions autour de 12 ans. C’était à la campagne, chez mon oncle Rémi, le frère de ma mère. Comme nous étions les deux seuls garçons, nous avons rapidement convenu d’aller explorer la ferme. En ouvrant la porte de l’étable, nous avons fait détaler une dizaine de chats qui étaient en train de s’abreuver dans des soucoupes remplies de lait. L’un d’eux est cependant resté. L’animal était couché sur le dos les quatre pattes en l’air, attendant manifestement qu’on le caresse. Antonin s’est approché et lui a mis un de ses pieds sur le ventre. Le chat s’est agrippé à son soulier et mon cousin m’a alors regardé d’une étrange manière. Il souriait, mais son sourire avait quelque chose de malsain. Soudain, il s’est emparé d’une pelle pointue qui était suspendue à un clou près de la porte de l’étable et il l’a abattu de toute ses forces sur le cou de la pauvre bête. Je n’en croyais pas mes yeux ! Comment avait-il pu avoir une telle idée ? Mon gentil cousin s’était transformé en monstre. Il riait aux éclats et mon regard horrifié a semblé augmenter son plaisir. Il a alors donné un coup de pied à la tête qui est allée rouler plus loin et le gros berger de mon oncle s’est précipité pour l’attraper et la croquer, faisant encore plus esclaffer Antonin. Le coeur m’a levé et je suis parti, complètement bouleversé. Juste avant de sortir de l’étable je me suis tourné juste à temps pour voir Antonin se servir de la pelle pour ramasser le corps sans tête. 


J’ai passé ensuite le reste de l’après-midi au salon à regarder la télé. Antonin est venu me rejoindre, mais je ne lui ai pas parlé et je n’ai même pas tourné les yeux vers lui. À un moment donné, il s’est levé et il m’a donné une claque en arrière de la tête avant de s’en aller vers la cuisine. Je n’ai pas été les saluer quand ils sont partis, passant pour un sauvage aux yeux de ma mère, et je n’ai jamais plus voulu accompagner mes parents lors de leurs visites familiales.  

mercredi 15 février 2012

El ruido de las cosas al caer, un roman de Juan Gabriel Vasquez


El ruido de las cosas al caer est un roman de Juan Gabriel Vasquez, un écrivain colombien né à Bogota en 1973 et qui vit présentement à Barcelone après avoir vécu successivement en France et en Belgique au cours des dix dernières années. Ici, un lien avec une entrevue vidéo, sous-titrée en français, de Juan Gabriel Vasquez.

Le bruit que font les choses en tombant n’est pas encore traduit en français, mais cela ne devrait pas tarder. Il a en effet remporter le prix Alfaguara du meilleur roman 2011, voir le lien ici. Ce n’est pas rien, car ce prix est doté d’une bourse de 175,000 $ en plus de permettre à son lauréat d’être diffusé à travers tout le monde hispanique.

Historia secreta de Costaguana, le roman précédent de Juan Gabriel Vasquez a été publié en espagnol en 2007 et traduit en français en 2010 sous le titre de Histoire secrète du Costaguana, alors que Les Dénonciateurs, traduction de Los Informantes parut en 2004, a été publié en français en 2008.

Personnellement, je n’ai pas beaucoup apprécié Histoire secrète du Costaguana que j’ai lu en français. Malgré que Juan Gabriel Vasquez a déclaré avoir écrit ce roman avec l’idée de s’opposer à l’influence du réalisme magique de Gabriel Garcia Marquez, j’ai, à tord ou à raison, car je n’ai pas analysé mon sentiment en profondeur, fortement ressenti le contraire. Une forte impression de ressemblance avec Cent ans de solitude m’a en effet rebuté dans ce roman qui se déroule entre la Colombie et Panama à l’époque de la sécession de ce dernier.

J’ai beaucoup plus apprécié Los Informantes que j’ai découvert lors de l’un de mes séjours en Colombie. La façon qu’a Vasquez de remonter le temps afin de chercher des réponses aux questions du narrateur sur l’histoire de la vie son père m’a fasciné. Par contre, j’ai été un peu déçu par l’enjeu de cette enquête : le rôle et les effets des dénonciations dans l’élaboration d’une liste de suspects de sympathies nazies pendant la deuxième guerre mondiale. En comparaison avec tous les violences qui se sont produites en Colombie au cours des siècles, le sort de ces allemands retenus prisonniers dans un hôtel pendant quelques années ne m’a beaucoup touché, malgré que l’un d’entre eux, le père de l’un des amis du narrateur, se soit suicidé.

Avec El ruido de las cosas al caer, l’auteur affine son art et réussit cette fois à complètement me captiver avec son histoire qui se déroule en Colombie au cours des quarante dernières années.

Le narrateur commence son récit au milieu de l’année 2009 lorsqu’un hippopotame est abattu près du fleuve Magdalena. La nouvelle a fait sensation dans le pays. L’hippopotame est un animal africain. Il n’y a pas d’hippopotame en Colombie, sauf dans les zoos. L’animal avait été acheté par Pablo Escobar, le célèbre chef du cartel de Medellin qui a été tué par la police en 1994. Son zoo privé, un des plus importants de Colombie, avait alors été abandonné à lui-même. Certains animaux avaient été confié à d’autres zoos, mais les hippopotames s’étaient échappés et étaient retournés à la vie sauvage, causant parfois des dommages aux cultures et menaçant la sécurité des gens.

En écoutant cette nouvelle, Antonio Yammara, le narrateur, se rappelle alors le moment où il a fait la connaissance de Ricardo Laverde alors qu’il jouait au billard dans une salle de jeu de Bogota en décembre 1995. Un appareil de télévision était allumé. À l’heure des nouvelles et, après l’annonce d’un nouvel attentat visant une personnalité politique, un reportage sur l’hacienda abandonnée de Pablo Escobar fut présentée expliquant les difficultés qu’avaient les autorités à gérer cet héritage. Une voix s’éleva alors parmi les joueurs d’une autre table : «Que vont-ils faire avec les animaux ? Ils meurent de faim et personne ne s’en préoccupe». C’était Ricardo Laverde.

Cet homme d’une cinquantaine d’années qu’on disait récemment libéré d’une sentence de vingt cinq ans de prison intrigua Antonio et, au cours des semaines qui suivirent, il tenta de s’en faire un ami. Il y parvint plus ou moins, mais jamais il ne put le faire parler sur son passé. En réponse à son insistant questionnement, Laverde lui dit : «yo mi vida no se la cuento a cualquiera. No confunda el billar con la amistad» (Moi, ma vie, je ne la raconte pas à n’importe qui. Ne confond pas le billard avec l’amitié).

Quelques semaines après ce refus, alors qu’ils marchaient tous les deux sur le trottoir, une moto s’approcha d’eux et le passager armé d’un pistolet les cribla de balles. Laverde mourut sur le coup. Antonio survécut à ses blessures, mais resta dépressif.

Trois ans plus tard, il reçut un appel de la fille de Laverde, Maya. Elle voulait le rencontrer pour savoir ce qui s’était passé les dernières semaines de la vie de son père. Lors de cette rencontre elle lui révèle tout ce qu’elle a pu apprendre au cours de l’enquête qu’elle a menée pour connaître cet homme qu’elle n’a pratiquement pas connu, car il a été emprisonné alors qu’elle avait 8 ans et sa mère lui avait alors dit qu’il était mort. C’est l’histoire d’une vie qui s’imbrique dans l’histoire de la Colombie des années 70 et 80, plus proche cependant du trafic de la drogue que des luttes politiques qui ont déchirées et déchirent encore ce pays.

lundi 30 janvier 2012

Encore 1Q84 et l'Oeuvre au noir, mais, en plus, El ruido de la cosas al caer

Oui, je sais, contrairement à ce que j’espérais, je n’écris pas souvent. Je ne lis pas beaucoup non plus.

Je viens à peine de terminer 1Q84 de Haruki Murakami et il me reste encore une cinquantaine de pages de l’Oeuvre au noir à lire que je ne semble pas pressé de terminer. J’ai cependant mis la main sur autre roman de Marguerite Yourcenar, Un Homme Obscur, et j’en ai lu une centaine de pages, mais je l’ai abandonné, car il m’emplissait, tout comme l’Oeuvre au noir, d’une certaine déprime. Par contre, j’avance très rapidement dans ma lecture en espagnol du dernier roman de Juan Gabriel Vasquez, El ruido de la cosas al caer. L’année dernière, j’avais lu Los Informantes (Les Dénonciateurs) de cet auteur colombien que l’on peut voir en entrevue (avec sous-titres en français) à cette adresse . Même si cette première lecture m’avait un peu déçu au niveau de l’intrigue, j’avais aimé ses réflexions sur le temps ainsi que les liens qu’il tisse entre le présent et le passé. Tout cela pour dire que je ne sais pas si je vais me procurer le tome 2 de 1Q84.

En partant j’ai adoré le premier chapitre de ce roman et ensuite je me suis laissé porté par cet amour. Ce n’est pas la première fois que je suis séduit par un début de roman et je sais fort bien que c’est loin d’être une garantie que mon plaisir se maintiendra dans les chapitres subséquents. Cela s’est cependant produit pour 1Q84, non sans que je ressente parfois quelques réserves.

Ce que j’ai aimé :

L’introduction du personnage de Oamamé, une tueuse déguisée en jolie jeune femme qui écoute la Sinfonietta une oeuvre de Janacek, un compositeur tchèque, alors qu’elle assise dans un taxi pris dans un embouteillage sur une autoroute de Tokyo. Un étrange nuage de mystère flotte dans ce véhicule. Pour lui éviter d’être en retard à son rendez-vous, le chauffeur lui indique un moyen inusuel de s’y rendre. Alors qu’elle s’apprête à quitter le véhicule, il lui dit une phrase qui va ensuite l’obséder : «qu’il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. Il n’y a toujours qu’une réalité». Dans ce chapitre, Oamamé nous est présentée comme une jolie femme dotée d’un visage sans expression dont les traits peuvent se métamorphoser en une «horreur abyssale» lorsqu’ils sont tendus. Plusieurs indices semblent vouloir nous faire croire qu’elle n’est pas tout à fait humaine ou, en tout cas, qu’elle est un peu étrange. Par la suite, de chapitre en chapitre, le lecteur apprend à mieux la connaître.

Le deuxième chapitre introduit le personnage de Tengo, un enseignant de mathématiques, écrivain pendant ses journées de congé. Bien qu’il ait écrit plusieurs romans, aucun n’a encore été publié. Son éditeur l’encourage à prendre son temps.

J’aime beaucoup comment Murakami décrit le quotidien de ses personnages : ce qu’ils mangent, ce qu’ils lisent, la musique qu’ils écoutent, ce qu’ils pensent.


Ce que je n’ai pas aimé :

Tous les chapitres du roman se suivent en alternant entre Oamamé et Tengo. C’est un peu trop systématique.

Les ficelles sont trop grosses sur les liens qui vont faire en sorte que les deux protagonistes vont se rencontrer. Ce n’est cependant pas encore fait à la fin de ce premier tome.

De la même façon que Oamamé est influencée, sinon dirigée et même manipulée par une dame âgée, riche directrice d’un refuge pour femme violentées, Tengo est manipulé par son éditeur, lui-même manipulé par un intriguant ex-professeur d’université. Cela fait beaucoup de manipulations !!!

Les justifications de Oamamé et de la dame âgée pour assassiner des hommes qui sont violents envers les femmes ne me paraissent pas saines, ni solides d’ailleurs, au point que cela en devient invraisemblable. Cela semble d’ailleurs être l’avis de l’auteur, car ces deux personnages essaient sans cesse d’expliquer les raisons qui les font agir ainsi.

Un aspect fantasy, les little people, ne m’emballe pas du tout. Je me demande où il veut aller avec cela.


mercredi 18 janvier 2012

1Q84, Millénium et l'Oeuvre au noir

J’ai encore le goût d’écrire aujourd’hui, mais je crois qu’il ne s’agira que de quelques mots pour parler de mes lectures.

En fait, la plus grande partie du temps qu’habituellement je consacre à la lecture quand nous n’allons pas au cinéma est occupé de ce temps-ci par l’écoute d’un livre audio dont nous avons commencé l’écoute au cours du voyage en auto que nous avons fait pendant la période des Fêtes. Il s’agit de Leon l’Africain, un roman de Amin Maalouf.

C’est la première fois que nous réussissons à écouter un roman de cette façon. Nos tentatives antérieures n’avaient pas été concluantes. Je m’endormais au volant !

Cette fois, au contraire, le récit m’a presque toujours tenu éveillé. Par contre j’ai rarement pu poursuivre l’écoute plus d’une demi-heure à la fois, car à cause du bruit ambiant, il fallait mettre le volume au maximum et cela devenait rapidement fatigant, de sorte que nous n’avons pas pu compléter l’écoute au cours du voyage, car cette lecture dure 12 heures. Il nous reste encore un cd à écouter sur les 10 qui composent le coffret.

Par ailleurs, je continue ma lecture de 1Q84 et de l’Oeuvre au Noir, mais à très petites doses et en restant parfois plusieurs jours sans y toucher. Je les achève tous les deux cependant et je crois que je vais me procurer le tome 2 du roman de Murakami. Cela me fait beaucoup penser à Millénium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, le roman de Stieg Larsson, récemment adapté au cinéma par David Fincher sous le titre The girl with the dragon tattoo, une version que j’ai appréciée, peut-être même plus que la version suédoise que j’avais pourtant beaucoup aimé aussi. On retrouve en effet dans 1Q84 une jeune femme qui assassine des hommes violents et «des hommes qui haïssent les femmes».

Pour ce qui est du livre de Marguerite Yourcenar, il me semble que je pourrais avoir envie d'encore recommencer à le lire dès que je l'aurai terminé tellement son texte est riche. Je crois aussi que je me sens encore plus près de Zénon, son personnage principal, que lorsque je le lisais quand j’avais trente ans, car dans la dernière partie du livre il a près de 60 ans :

«Cinquante-huit fois, il avait vu l’herbe du printemps et la plénitude de l’été. Il importait peu qu’un homme de cet âge vécût ou mourût.»

mardi 17 janvier 2012

Impromptus Littéraires : Les mots oubliés

J'ai découvert le site des "Impromptus littéraires" (lien ici) en visitant le blog de "Ma Cocotte" ( lien ici)
et j'avais trouvé le blog de la Cocotte dans les commentaires du site "Chevaliers des touches" de l'écrivain Martin Winckler (lien ici). Lui, je ne me rappelle plus trop comment je l'ai trouvé. Probablement que c'est en effectuant une recherche sur le film "La maladie de Sachs", réalisé par Michel Deville en 1999 à partir du roman de Winckler (lien ici).

Je n'ai pas touché à mon roman au cours de la périodes des Fêtes et depuis je ne ressens pas un gros désir de m'y remettre. Je suis tanné de toujours baigner dans la même histoire. Une histoire que je n'arrive plus à développer. Depuis des mois, je ne fais que corriger ou modifier des passages qui m'apparaissent faibles et il me semble que je n'en finirai jamais.

À chaque semaine, le site des "Impromptus littéraires" propose de créer un texte à partir d'un thème. Je crois que cela pourrait m'être bénéfique de participer à cette activité.

Le thème de cette semaine :

"Ancien moulin, tourelle, colombier ou gâteau de pierre, vous ignoriez que l'édifice recelait un document en partie effacé, un étrange puzzle de mots énigmatiques : parfum, consentir, lumignon, croquembouche, impitoyable.
En utilisant tous les mots sous la forme qui vous plaira, imaginez en vers ou en prose ce qui vous semble être le message original caché dans la tour."

Voici donc celui que j'ai écrit. Cela s'appelle "Les mots oubliés".


Cette année-là, Isabelle et Marcel voulurent faire changement pour leurs vacances. Au lieu de partir en auto explorer une région ou l’autre du pays, ils avaient loués une maison de campagne et projetaient d’y passer la plus grande partie de ces semaines si attendues pour se reposer. Ils se rendaient compte en effet qu’ils vieillissaient et que les voyages parsemés d’imprévus ne leur permettaient pas de se détendre autant qu’ils le désiraient afin de pouvoir être en forme pour la rentrée. Au contraire, ils se sentaient parfois plus fatigués à la fin de leur vacances qu’au début et, d’année en année, ils étaient de plus en plus terrorisés devant l’impitoyable tâche qui les attendait.

Le pire, c’était que c’était Marcel qui avait le plus de problèmes même s’il ne voulait pas l’admettre. Isabelle en était même venue à craindre qu’il fasse une dépression et pourtant elle avait eu toutes les peines du monde à lui faire accepter de changer leurs habitudes de vacances. Pour lui, consentir à renoncer à ces semaines de nomadisme revenait à accepter qu’il était désormais incapable de s’offrir la seule possibilité qu’il avait d’échapper à la routine. Évidemment, comme l’idée de ce projet ne venait pas de lui, il bougonnait.

La maison qu’ils avaient trouvés sur internet était à peu près comme Isabelle se l’était imaginée : située à quelques kilomètres du plus proche village et entourée de champs et de boisés qui la séparaient des maisons voisines. Ils en avaient fait le tour à leur arrivée, mais comme il était tard, ils n’avaient pas pu explorer le terrain qui était plongé dans le noir. Au matin, Isabelle s’était levée la première et, en faisant bien attention de ne pas réveiller son homme, elle était sortie par la porte arrière pour aller s’asseoir dans la balançoire qui se trouvait sur la galerie. Le soleil, levé déjà depuis plusieurs heures, achevait d’évaporer la rosée du matin et du même coup faisait circuler dans l’air le suave parfum des centaines de fleurs dispersées sur un vaste terrain qui semblait être un jardin abandonné. Au delà, un chemin s’enfonçait entre les arbustes, qui semblaient être en train d’envahir le jardin, et disparaissait derrière un méandre. Attirée par l’inconnu, Isabelle se leva et alla dans cette direction.

À son retour, Marcel était dans la cuisine. Il avait préparé du café et il s’affairait à disposer sur la table les achats qu’ils avaient fait la veille en vue de leur petit-déjeuner.

T’étais où ?
En arrière de la maison, il y a un chemin et je l’ai suivi.
Et il mène où ?
Jusqu’à la rivière.
C’est tout ?
Non, il y a aussi une tour.
Une tour ?
Oui, une sorte de tour en pierres toute déglinguée. C’est à se demander comment elle peut encore tenir debout.
Comment ça se fait qu’il y a une tour à cet endroit. À quoi elle pouvait servir ?
Je ne sais pas Marcel. Faudrait s’informer.
Ouais. Après le petit-déjeuner, nous irons au village pour nous approvisionner. Nous pourrons demander.
Il y avait des mots écrits sur une des pierres au dessus de la porte.
Il y avait une porte ?
Oui.
Et tu es entrée ?
Bein non, voyons ! C’est en ruine. Tout peut s’écrouler d’une minute à l’autre. En plus, elle était barrée.
Donc, tu as essayé de l’ouvrir ?
J’ai juste poussé un peu.
Isabelle !
...
Et qu’est-ce qui était écrit sur cette pierre ?
Je ne m’en souviens plus.
Voyons donc, Isabelle. Comment tu peux ne pas t’en souvenir toi qui est si fière de ta mémoire phénoménale ? Je ne te crois pas. Fais un effort.
Je t’assure Marcel que j’essaie de m’en souvenir, mais il n’y a rien à faire, je n’y arrive pas.
Dans ce cas, nous allons tout de suite y retourner pour voir cela. Je suis intrigué.
Moi, je n’ai pas envie d’y aller. Vas-y tout seul. Je vais t’attendre ici.
Ok. J’y vais.

Marcel voulut l’embrasser avant de partir, mais il ne put le faire. Inexplicablement, elle s’était esquivée à son approche et il ne put échanger qu’un lointain regard avec elle, alors qu’il avait déjà traversé la porte. Elle lui parut étrangement triste.

Il marcha rapidement et en arrivant près de la rivière il ne trouva pas de tour, seulement un tas de pierres. Sur l’une d’elles, il put deviner ces mots faiblement gravés :

Isabelle vient éteindre le lumignon du croquembouche

lundi 12 décembre 2011

1Q84

Feuilleté 1Q84, un roman japonais de Haruki Murakami, ce midi chez Renaud-Bray. J’en ai lu une dizaine de pages et j’ai dû me retenir très fort pour ne pas immédiatement l’acheter. Si j’achetais tous les livres qui me tombe dans l’oeil, j'y passerais toutes mes payes, et l’expérience m’a appris que mes coups de foudre peuvent parfois être très décevants. Combien des livres que j'ai acheté au cours des dernières années sont restés à moitié lus ?

Par contre, pour 1Q84, je vais y repenser. Disons que je m’accorde un peu de temps de réflexion, mais pour l’instant j’ai l’impression que c’est très fort. La force de l’écriture ressortait à chaque ligne que je le lisais. À côté de ça, mon roman c’est de la petite bière. Une écriture de collégien. Ça m'enlève le goût de continuer. À quoi ça sert de travailler autant pour arriver à un si piètre résultat quand on peut passer sa vie à lire l'écriture géniale des autres ?

vendredi 28 octobre 2011

Les Corrections - Jonathan Franzen (suite et fin)

J’ai enfin terminé la lecture des Corrections. Fiou !

Une belle écriture, assurément, mais pénible à lire. C’est long ! Et je peux imaginer aussi comment cela a dû être pénible à écrire.

Malgré les difficultés rencontrées, les passages et chapitres concernant les trois enfants de la famille Lambert valent la peine d’être lus. Le cheminement de chacun d’entre eux au cours des mois qui précèdent le moment où ils prendront la décision de faire hospitaliser leur père, un coup passé la période des Fêtes, est minutieusement décrit et constitue la trame de cet ambitieux roman.

Le problème, c’est le discours intérieur d’Alfred, le père, un homme souffrant de la maladie de Parkinson et probablement aussi de la maladie d’Alzheimer même si cela n’est pas mentionné. À la fin du roman on mentionne un diagnostic de démence. Ce fut peut-être un tour de force pour l’écrivain d’arriver à si bien représenter les pensées qui peuvent traverser l’esprit d’un homme accablé par une telle déchéance mentale et physique, mais ce l’est tout autant pour le lecteur. Je peux en témoigner. Je crois que je mérite une médaille.

Pas certain du tout que je lirai Freedom.

lundi 24 octobre 2011

Lectures et cinéma de la semaine

Le temps passe et mes lectures n’avancent guère, car j’y consacre très peu de temps, à peine un vingt minutes ou une petite heure, parfois, le soir, avant d’aller me coucher.

Cependant, j’ai quand même réussi à terminer le livre de Harry Mulisch, « Siegfried, une idylle noire ». Mulisch est supposément le meilleur écrivain hollandais. J’espère que ses autres romans sont meilleurs que celui-ci. «Siegfried» démarre en lion mais se termine en lapin. Lapin ? Est-ce bien la bonne expression ? Peu importe, l’idée se comprend. C'est le récit d’un vieil écrivain hollandais qui se rend en Autriche pour recevoir un prix littéraire en hommage à son dernier roman. Au cours de son séjour, il fait connaissance avec un couple de vieillards qui ont été au service de Hitler dans son refuge alpin. Ils lui révèlent que Hitler a eu un enfant avec Eva Braun, mais qu'il l'a fait assassiner parce qu'il avait des doutes sur la pureté aryenne de Eva. C'est intéressant, surtout au début. Malheureusement, la dernière partie est la reproduction d’un journal intime supposément écrit par Eva Braun qui raconte les derniers jours du 3e Reich, un peu comme une reprise du film La Chute. Dans ce journal fictif, elle confirme l’existence de cet enfant. C'est un peu... bof...

J’ai fait quelques avancées dans «Les Corrections» de Jonathan Franzen sans que ça me donne le goût de m’y investir davantage, mais je le finirai un jour, c’est certain !

Par contre, j’ai lu avec beaucoup de plaisirs quelques chapitres de plus dans «L’Oeuvre au Noir» de Marguerite Yourcenar.

Il y a aussi un livre de bandes dessinées qu'on m'a passé et qui retient parfois mon attention. J'en lis une section de temps en temps. Il s’agit de «Palestine» de Joe Sacco. Un album de journalisme en bande dessinée consacré à l’Intifada palestinienne du début des années 90. C’est en noir et blanc, donc assez sombre, et les plans ne sont pas toujours disposés de gauche à droite de façon linéaire. De plus, les textes sont souvent éparpillés dans le dessin, de sorte que cela nécessite une certaine adaptation pour s’y comprendre. Mais c’est sans aucun doute fait avec beaucoup d’honnêteté, le dessinateur n’omettant pas ses gaffes et erreurs de jeune américain souvent naïf et parfois même un peu con qui cherche à établir des contacts lors d'un voyage au Moyen-Orient dans des sociétés fortement marquées par la violence et les ségrégations.

Je me suis retenu très fort pour ne pas courir aller m’acheter un livre de Jacques Côté. C'est un écrivain de Québec qui a publié ce mois-ci un roman historique « Le sang des prairies», deuxième de la série «Les Cahiers noirs de l’aliéniste», qui raconte les aventures de Georges Villeneuve, un médecin québécois spécialiste en médecine légale à la fin du 19e siècle. Dans «Le sang des prairies», il est encore aux études. Pour payer celles-ci, il s’est engagé dans la milice et il est appelé à aller enquêter sur les lieux d’un massacre qui a eu lieu lors du soulèvement des métis. Le site des éditions À Lire est vraiment très bien fait et on peut feuilleter en ligne une trentaine de pages de chacun des romans qu’ils ont publiés. C’est ainsi que j’ai découvert une série de quatre romans de Jacques Côté ayant pour héros Daniel Duval, un enquêteur de la Sûreté du Québec. Ce que j’ai lu m’a beaucoup plu et je suis certain que je vais mettre la main sur l’un d’eux à la prochaine occasion.

À part de cela, côté cinéma, la semaine passée nous avons été voir Moneyball avec Brad Pitt dans le rôle principal. Nous avons beaucoup aimé. Rien de spectaculaire, mais c’est intelligent et bien joué, et... sans sexe ! Ça c’est rare ! Cette semaine, deux films québécois nous attirent : Marécage et Décharge. La discussion ne nous a pas encore permis de prendre une décision quant à savoir lequel nous irons voir. J'irais bien aux deux, mais c'est un peu utopique de croire que cela se réalisera.

La journée a été bonne aujourd'hui en écriture malgré la fatigue occasionnée par mon travail de fin de semaine. La réécriture que j'avais entreprise parce que je ne savais plus trop où je m'en allais avec mon intrigue est terminée et j'ai recommencé à écrire du nouveau stock. J'en suis bien content.


mardi 11 octobre 2011

Marguerite Yourcenar

Hier soir, j’ai été voir «Sur les traces de Marguerite Yourcenar», un documentaire de la réalisatrice québécoise Marilù Mallet présenté au cinéma Parallèle.


Je connais assez bien Yourcenar pour avoir déjà suivi un cours d’une session sur son oeuvre en 2002. J’ai une dizaine de ses livres dans ma bibliothèque. Si je suis allé voir ce film, c’est à cause de l’un d’eux : L’Oeuvre au Noir. C’est aussi à cause de lui que j’avais choisi de suivre ce cours. Il a été publié en 1968, mais je suis à peu près certain de ne pas l’avoir acheté à ce moment là. Je dois l’avoir emprunté à la bibliothèque au cours des années 70 ou 80. Chose certaine, je l’ai lu plusieurs fois. Je crois me rappeler avoir déjà dit que je le lisais à tous les cinq ans environ, motivé à chaque fois par un rappel quelconque de son existence et par la forte impression que je gardais de certains passages. Dans le film d’hier, on peut voir que Yourcenar est venue à Québec en décembre 1987. C’est l’année de mon emménagement à Montréal, mais j’ai sûrement dû le relire une fois de plus à cette occasion.


Cette fois, c’est en parcourant un blogue «Chevaliers des Touches» tenu par un écrivain français Martin Winckler que ce roman est revenu dans ma vie. Winckler est connu pour avoir écrit un roman, La Maladie de Sach, dont Michel Deville a fait un très beau film en 1999. Sur son site internet, il invite les gens à y parler des livres ou des films qui les ont marqués pendant leur enfance. L’entrée du 10 octobre traitait de trois romans : Les Enfants du Capitaine Grant de Jules Vernes, Nadja d’André Breton et L’Oeuvre au Noir de Yourcenar. En lisant cela, je me suis levé de mon siège pour aller chercher l’exemplaire, que je m’étais acheté quand j’ai suivi le cours, et je l'ai feuilleté.


Je devais être un peu nostalgique ce matin là, car un peu plus tôt, j’avais fait une recherche pour trouver des informations sur l’auteur du premier livre que j’ai eu dans ma vie : L’Or des Incas. Je l’avais gagné comme prix de fin d’année en troisième année. Je devais avoir 8 ans environ. Au cours de cette recherche, j’ai appris que son auteur, Jacques Seyr, était un des pseudonyme utilisé par Henri Vernes, le créateur de Bob Morane, le célèbre aventurier des éditions Marabout de ma jeunesse. L’Or des Incas est un livre qui m’a énormément marqué et je crois qu’il est à l’origine de mon amour de l’Histoire. Il raconte la conquête de l’empire inca par les espagnols. Du même auteur j’avais acheté plus tard un autre livre sur la conquête du Mexique par Cortès.


Je crois que j’ai fait cette recherche afin de tenter de m’expliquer le plaisir que je ressens de ce temps-ci à traduire en français El Establecimiento de la Dominacion Espanola en Colombia, un livre de l’historien colombien Jorge Orlando Melo. C’est vraiment très intéressant de lire l’histoire de la découverte des Amériques à travers le regard d’un latino-américain. À côté de cela, les livres qui racontent cette histoire en français sont, à mon avis, d’une fadeur incommensurables.


Avant d’aller voir le film, j’ai relu le premier chapitre de L’Oeuvre au Noir. Zénon, le personnage principal, est en route pour Compostelle où il compte aller étudier l’alchimie auprès d’un vieux savant. En chemin, il rencontre Henri-Maximilien, son cousin, qui, lui, est en route pour s’engager dans l’armée de François 1er alors en lutte contre Charles Quint. Contrairement à Zénon, qui entend développer son esprit loin des inepties de ce monde, Henri-Maximilien veut connaître la gloire à travers la guerre. Zénon veut parcourir le monde, non pour le conquérir, mais pour l’étudier, car «Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ?» et il est persuadé que quelqu’un l’attend là-bas au-delà des Pyrénées. Qui, lui demanda Henri-Maximilien ? «Moi-même» lui répondit Zénon.


Le film de Marilù Mallet m’a déçu. À mon avis sa réalisation n’est pas à la hauteur du grand personnage dont elle veut cerner la vie. Tout le long du film, des scènettes reconstituent certains moments de la vie de Marguerite : enfant, adolescente, jeune adulte... en prenant comme décor les lieux où ces moments ont pu se passer. C’est très faible en comparaison des bouts d’entrevues où on peut voir et entendre Yourcenar. Les entrevues où certaines personnes, dont plusieurs québécois, qui l’ont connue raconte leurs rencontres avec elle sont intéressantes, mais sans plus.


jeudi 6 octobre 2011

Hitler et le mal absolu

Cette semaine, j’ai eu connaissance d’une conférence à l’institut Goethe de Montréal sur L’attentat, un roman de l’écrivain hollandais Harry Mulisch. Comme le sujet traité dans ce livre m’intéressait : l’histoire d’un homme dont toute la famille a été assassinée par les allemands en 1945 parce qu’un policier collaborateur a été exécuté devant leur maison par la résistance hollandaise. Tout au long de sa vie, diverses rencontres vont lui apporter des explications de plus en plus complexes et ambigües sur les raisons de la mort de ses parents et de son frère.


Je n’avais jamais entendu parler de cet écrivain, mais par curiosité j’ai fait une recherche sur lui et j’ai voulu me procurer ce livre avec l’intention d’aller à la conférence. Comme je n’ai pu le trouver ni à la Bibliothèque Nationale ni dans le réseau de la ville de Montréal, j’ai fait le tour de diverses librairies pour arriver au même résultat, sauf que j’ai pu mettre la main sur un autre de ses romans, Siegfried, dans lequel un célèbre romancier raconte comment il a pu faire connaissance avec un couple qui a élevé le fils d’Adolf Hitler et d’Eva Braun. Une fiction qui essaie de contribuer à l’énigme du mal absolu.


J’ai commencé à le lire. Oui, je sais, je suis déjà en train de lire Les Corrections de Jonathan Franzen, que j’apprécie d’ailleurs beaucoup plus depuis que je suis arrivé dans la partie où le personnage de Denise, la plus jeune de la famille, est présenté ; mais, c’est comme ça, il y a parfois des urgences dans mes lectures qui exigent un abandon temporaire d’un livre pour un autre. On dit de Mulisch que c’est un écrivain d’une grande érudition. Je m’en rends compte. Ses références à Goethe, Shakespeare, Strauss contribuent en effet à élargir mes connaissances, mais j’avoue que je dois pédaler fort pour ne pas perdre le fil. Les circonvolutions de sa pensée sont aussi d’ailleurs assez complexes, mais n’empêchent pas d’être captivé par le récit, car comme le dit l’éditeur sur la quatrième de couverture c’est un conteur exceptionnel. Entre temps, j’ai vu sur le site internet de l’institut Goethe de Montréal que L’attentat est disponible dans certaines librairies.


Cependant, ce qui m’a initialement donné envie d’écrire quelque chose là-dessus et de le publier ici est une phrase que j’ai trouvé dans Siegfried : même si «Staline et Mao avaient, eux aussi, ordonné des massacres, ils n’étaient pas énigmatiques. Aussi, leur avait-on consacré beaucoup moins de livres... Hitler était unique en son genre. C’était peut-être l’homme le plus énigmatique de tous les temps». Cette affirmation m’a agacée. Je ne crois pas que Hitler est plus énigmatique que Staline ou Mao ou qu’il soit plus que ceux-ci l’incarnation du mal absolu. Je crois plutôt que ce sont de pauvres types qui ont été complètement dépassés par l’ampleur que l’Histoire a donné à leur personnage. Je ne crois pas que Hitler se voyait comme une incarnation du mal. Au contraire il a fait tout ce qu’il a fait pour le bien de l’Allemagne. Mais disons qu’il s’est un peu écarté en chemin et que finalement il s’est retrouvé seul avec lui-même un certain jour d’avril 1945. À suivre...