vendredi 13 avril 2012

Hunger Games, le livre premier


Je viens de terminer la lecture du premier tome de Hunger Games, la trilogie de Suzanne Collins dont s’inspire le film du même nom qui vient tout juste de sortir. C’est d’ailleurs grâce à la publicité entourant le lancement de ce film que j’ai eu connaissance de l’existence du roman et que je lui ai porté attention, car, à prime abord, le film étant destiné à un public adolescent, et même pré-adolescent je ne m’y serais pas arrêté. Par contre, le thème de la télé-réalité qui y est traité est très intéressant. Plusieurs articles lui sont consacrés sur le site Slate : ici, ici et ici. 
Mon premier réflexe a été de vouloir aller feuilleter le roman chez Renaud-Bray, mais j’ai eu de la difficulté à le trouver. Il n’était nulle part et je trouvais invraisemblable qu’un roman dont on disait qu’il s’était vendu à des dizaines de millions d’exemplaire ne soit pas disponible. J’allais quitter la librairie sans même m’informer auprès d’un commis, car au fond je ne devais pas y tenir tant que cela, quand j’ai eu soudainement l’idée d’aller vérifier dans la section jeunesse. Il était là ! J’ai lu quelques pages et cela m’est apparu un peu trop simple comme écriture pour que j’y consacre le trente dollars exigé pour la version française. Je me suis alors demandé si je ne pourrais pas le lire dans sa version anglaise sans doute beaucoup moins cher. En effet, Chapter le vend dix dollars en édition de poche et quinze dans l’édition à couverture rigide. Encore là, je n’étais pas convaincu que mon envie de le lire valait ce prix. Finalement, je l’ai trouvé à 5 $ sur Amazone pour la tablette Kindle. Je n’ai pas de Kindle mais j’ai l’application sur mon ordinateur. À ce prix, ce n’était pas un grand risque au cas où je ne l’aimerais pas. Je l’ai donc acheté et je l’ai lu en moins d’une semaine tellement j’ai trouvé cela captivant même si mon niveau de lecture en anglais est loin d’être parfait. Je ne comprends pas tous les mots, mais généralement cela ne m’empêche pas de comprendre le sens des paragraphes. En plus, sur Kindle, il y a un dictionnaire incorporé qui nous permet de vérifier la définition des mots en un clique.  
C’est un récit d’aventure absolument captivant à la condition de ne pas trop s’attarder à penser à ses incohérences. Par contre, d’après ce que j’ai compris des nombreux articles critiques que j’ai lu sur le film, le roman pousse beaucoup plus loin que celui-ci, la critique de la société qu’il décrit. Ce qui n’est pas une surprise. 
En ce qui a trait aux aberrations, la première qui m’est venue à l’esprit au tout début de ma lecture, est le fait que les jeux meurtriers que sont les Humger Games mettent aux prises des jeunes de 12 à 18 ans choisis au hasard parmi les 12 districts de Panem. Je ne vois pas ce qui peut être excitant de voir des colosses de 16 à 18 ans affronter des enfants de 12 ans. Il me semble que l’enjeu aurait été beaucoup plus plausible si les participants étaient des adultes, ou du moins de jeunes adultes. Le choix d’un si jeune âge doit être dû au fait que les 12 à 18 ans sont le lectorat qui était originalement visé par ce roman même si finalement, et j’en suis la preuve, il peut intéresser des lecteurs de tous les âges. Le fait de mettre en scène des adolescents qui semblent tenir entre leurs mains le destin de toute une société, comme si les adultes en étaient incapables, a pour effet de valoriser les jeunes et leur donner l’illusions qu’ils peuvent changer le monde.  
L’autre aberration que j’ai trouvé dans Hunger Games concerne les caméras. Lors des cérémonies officielles la présence des caméras et caméramens est soulignée alors que dans le déroulement des jeux, même si on les sait omniprésentes, car les téléspectateurs peuvent observer toutes péripéties qui s’y déroulent, jamais la narratrice ne mentionne leur présence concrète. C’est comme si elles étaient invisibles. Pourtant Katniss agit souvent en fonction de celles-ci, leur dissimulant ses réels états d’esprit ou camouflant certaines de ses actions ou se retenant d’exprimer certaines idées ou souvenirs qui pourraient la compromettre ou compromettre des personnes qu’elle aime. De plus, comment des caméras fixes pourraient capter tout ce qui peut se passer sur un territoire de plusieurs kilomètres carrés dont une grande partie est boisé ? L’héroïne ne mentionne jamais avoir localisé l’une de ces caméras.
Peeta, son coéquipier, est blessé à une jambe et les médecins n’arrivent pas à la sauver. Il devra porter une jambe artificielle. Pourtant ces même médecins sont capables de ressusciter des cadavres et d’en faire des mutants loups-garous. L’apparition de ces mutants à la fin des jeux est selon moi la partie la plus faible du roman.  

lundi 9 avril 2012

Lectures et écritures des dernières semaines

À part ma participation aux Impromptus Littéraires, je n'ai pas écrit beaucoup la semaine passée. J'ai commencé à écrire un texte sur Hunger Games, mais pour le moment il ne me satisfait pas suffisamment pour que je le publie. Ce sera peut-être pour un peu plus tard cette semaine. Par ailleurs, je n'ai pas ouvert une seule fois le fichier de mon roman. J'ai même pensé à plusieurs reprises à l'abandonner définitivement tout en me demandant si je n'allais pas plutôt en commencer un autre.

Par contre, j'ai beaucoup lu. Après avoir terminé le premier tome de la trilogie de Suzanne Collins, j'ai commencé à lire le tome 2. Parallèlement, je lis El Hombre que amaba a los Perros de Leonardo Padura, un écrivain cubain que je connaissais déjà, car j'avais déjà lu deux des romans de sa série ayant pour héros Mario Conde détective à La Havane. Vous pouvez voir ici une entrevue avec lui en espagnol sous-titrée en français.

  L'homme qui aimait les chiens est un roman qui raconte l'histoire d'un écrivain cubain qui fait un jour connaissance sur une plage... cubaine, d'un homme qui en viendra à lui faire des confidences sur l'homme qui assassina Trotsky au Mexique en 1940. Le roman reconstitue à la fois le parcours de Trotsky à partir de son expulsion d'URSS par Staline et le parcours de Ramon Mercader, un communiste espagnol devenu agent secret pour le KGB pendant la guerre civile et chargé d'assassiner des trotskystes.  

Participation au Impromptus Littéraires sur le thème des planètes


Je dois avouer que je ne savais pas grand chose sur le système solaire avant que le thème de la semaine des Impromptus Littéraires ne m’impose l’obligation d’effectuer une recherche si je voulais être capable d’écrire quelque chose sur les 8 planètes qui le composent.
Avant cette recherche, je crois que j’aurais eu de la difficulté à spontanément en nommer plus que trois. La première à me venir à l’esprit aurait été Mars (à cause des martiens bien sûr). Ensuite, peut-être Vénus (l’étoile du berger) et sans doute aussi Saturne (à cause de son anneau que j’ai vue une fois dans le télescope d’un astronome amateur : impressionnant !). Par contre, les noms de Mercure, Neptune, Uranus et Jupiter, même s’ils ne me sont pas inconnus, n’auraient certainement pas surgi facilement dans mon esprit.
Quelques informations me reviennent encore à l’esprit 24 heures après les avoir lues, mais je ne sais pas combien de temps je vais m’en souvenir. Ainsi, dans l’ordre de leur distance avec le soleil : Mercure, Vénus, Terre et Mars sont des planètes rocheuses alors que Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune sont des planètes gazeuses. Pluton fut découverte en 1930 et classée comme étant la neuvième planète, mais, malheureusement pour elle, elle fut déclassée en 2006 parce que la découverte de plusieurs autres objets planétaires de grandeur similaire a obligé les scientifiques à inventer une nouvelle catégorie : les planètes naines.   
Je me risque à considérer ce qui précède comme étant un texte en prose parlant de planètes. J’admets toutefois qu’il ne brille pas beaucoup littérairement parlant. J’aurais pu faire preuve de plus d’imagination en faisant appel à une mise en scène plus élaborée. Exemple : Par une belle nuit d’été, un homme et une femme étaient étendus au fond d’une chaloupe qui dérivait au milieu d’un lac isolé des Laurentides au nord de Montréal. Ils s’émerveillaient de la profusion d’étoiles qui les surplombaient se demandant combien de planètes pouvaient se cacher parmi tous ces points lumineux et combien d’entres elles pouvaient abriter des formes de vie. La conversation dériva vers notre système solaire et l’un des deux, peu importe lequel, fit une magistrale démonstration de ses connaissances en astronomie en déclinant les noms de chacune des planètes qui le composent. Soudain, la chaloupe heurta quelque chose, quelque chose de très dur, de métallique. Ils se précipitèrent pour aller voir ce qu’ils avaient heurté et au moment où ils se retrouvèrent tous les deux penchés par dessus le même côté de la chaloupe, celle-ci chavira, non pas parce qu’ils l’avaient déséquilibrée, mais parce qu’une trappe venait de s’ouvrirent sous eux, les engouffrant dans le ventre d’un vaisseau spatial. La trappe se referma presque immédiatement et le navire émergea du lac pour s’élancer dans le ciel à une vitesse fulgurante emportant avec lui les deux spécimens. À peine était-il sorti de l’atmosphère terrestre qu’un énorme aspirateur de planètes vint s’emparer de la Terre pour n’en faire qu’une bouchée de poussière pulvérisée qui allait rejoindre celles qui avaient été engendrées par la capture de Mercure et de Vénus. Il ne lui restait plus qu’à faire un petit arrêt à proximité de Mars et le tour était joué. 

jeudi 15 mars 2012

Participation aux Impromptus Littéraires : À partir de deux vers de la Chanson du mal aimé de Guillaume Apollinaire


Thème de la semaine sur le site des Impromptus Littéraires (lien pour le site ici) : Nous vous demandons d'emboîter le pas à Guillaume Apollinaire. Que votre texte soit rédigé en prose ou en vers, son incipit doit obligatoirement être "Je suivis ce mauvais garçon qui sifflotait mains dans les poches", deux des vers du célèbre poème "La chanson du mal-aimé".



"Je suivis ce mauvais garçon qui sifflotait, mains dans les poches" sans douter une seule seconde que j’allais me mettre dans le pétrin. Ma dernière rencontre avec Annie m’avais laissé dans un tel état que j’étais prêt à tout risquer afin d’oublier le mal qui me brûlait l’intérieur.    
Ce jeune voyou m’est apparu sympathique dès le premier regard que j’ai porté sur lui dans la section du marché où je savais que se tenaient les fournisseurs des différents produits et services qui pouvaient me permettre d’échapper pendant quelques heures à la triste réalité de ma vie. 
Après avoir parcouru quelques centaines de mètres dans le dédale de ruelles du plus malfamé des quartiers de la ville, nous sommes entrés dans un immeuble plus décrépi encore que les autres et nous avons monté des escaliers jusque devant une porte. Là, il m’a souri et m’a invité à passer devant lui en me prenant par les épaules, comme s’il était mon ami. Cela m’aurait plu d’être son ami même si je savais que ce n’était pas possible. 
Il a poussé la porte et je me suis avancé dans un obscur corridor percé de portes fermées. J’ai pointé la première du doigt pour lui demander si c’était celle-là. Il a fait non de la tête et m’a indiqué du menton qu’il fallait que j’aille plus loin. Devant la troisième et dernière, il a acquiescé et m’a fait signe d’entrer. À l’intérieur, à la lueur d’une fenêtre mal camouflée, il y avait une fille toute nue étendue sur un matelas placé par terre. Elle avait les jambes écartées et, au delà de son opulente poitrine, j’ai pu distinguer la sanglante balafre qui lui séparait presque la tête du corps. Horrifié, je me suis précipité vers le corridor pour avertir mon passeur. Je l’ai trouvé à genoux contre le mur. Un gros barbu le tenait par les cheveux d’une main pendant que de l’autre il était en train de lui trancher la gorge avec un long couteau. Le temps d’un instant, j’ai pu échanger un dernier regard de sympathie avec mon guide, comme si cela pouvait lui être d’un quelconque réconfort, avant de lui tourner le dos pour courir dans l’autre direction dès que j’ai vu ses yeux se révulser. Mais il n’y avait pas d’autre issu. Le corridor aboutissait sur une toilette commune ornée d’une minuscule lucarne. J’ai alors voulu revenir sur mes pas pour retourner dans la pièce où j’avais trouvé le corps de la fille et peut-être être capable de sortir par la fenêtre que j’avais entre perçue, mais le gros barbu me bloquait le passage, le couteau à la main et la mine assassine. Que pouvais-je lui dire pour l’amadouer ?

mercredi 14 mars 2012

Autour d'une lecture de Abril Rojo de Santiago Roncagliolo


Avec Abril Rojo de Santiago Roncagliolo, un roman policier péruvien disponible en français sous le titre Avril Rouge, je poursuis ma résolution de lire des romans en espagnol. 
Après avoir lu El Ruido de las Cosas al Caer de l’écrivain colombien Juan Gabriel Vasquez, qui a gagné le prestigieux prix Alfaguarra du meilleur roman de l’année 2011, j’ai visité le site de cette maison d’édition afin de voir quels étaient les gagnants des autres années. J’ai ainsi pu lire les premières pages de quelques uns d’entre eux et je me suis ainsi rendu compte que l’action de Abril Rojo, gagnant du prix Alfaguarra 2006, se passe à Ayacucho au Pérou. 
Ce nom m’intriguait depuis longtemps, car il y a une avenue importante de Medellin, ville d’origine de ma conjointe, qui se nomme ainsi. Il doit d’ailleurs aussi y avoir des rues qui se nomment ainsi dans toute l’Amérique du Sud, car Ayacucho a été le site, en 1824, d’une très importante bataille de la guerre qui scella le sort de la domination espagnole en Amérique du sud. Comme nous empruntons souvent cette avenue quand nous séjournons là-bas, je m’amuse beaucoup à prononcer ce mot très sonore en le séparant en deux : Aya Cucho, et cela soulève toujours de fortes réactions. On m’a expliqué qu’à Medellin, la cucha est le terme utilisé par les sicarios pour nommer leur mère. Les sicarios sont souvent des adolescents utilisés comme tueurs à gage par les différentes bandes criminelles de la ville. Ces jeunes étant pour la plupart élevés par leur mère, en absence du père, ils vouent un culte pour celle-ci. La ville regorge d’histoires de jeunes qui ont commis des meurtres afin de pouvoir acheter des électro-ménagers à leur «cucha». Il y a même à Medellin une Vierge des sicarios (une statue) auprès de laquelle les jeunes tueurs vont prier afin qu'elle les aide à réussir leur prochain assassinat. L’écrivain colombien Fernando Vallejo a d’ailleurs écrit un roman portant ce titre et le cinéaste Barbet Schroeder en a fait un film (bande annonce ici).
Si cucha signifie la «vieille» à Medellin, j’en ai déduit que le «vieux» s’appelle donc cucho et je me suis donc souvent amusé à nous nommer ainsi ma conjointe et moi, soulevant ainsi bien des rires chez mes interlocuteurs medellinois. D’après ce que j’ai compris, c’est une expression qui est connue de tous, mais qui a une trop forte connotation populaire.       
En fait, Ayacucho est un mot d’origine quechua, la langue des incas qui encore parlé en Équateur, au Pérou et en Bolivie par plus de 10 millions de personnes. Plusieurs significations du mot sont discutées, mais la plus répandue sembleraient vouloir dire qu’il s’agit d’un lieu où il y a des morts. Ce qui est fort à propos pour un roman policier dans lequel il y a justement beaucoup de morts. 
Toujours est il que j’ai terminé ma lecture de Abril Rojo. C’est très intéressant, car cela nous parle d’une région et d’un conflit qui sont très peu connus ici : la guerre de guérilla menée par le Sentier Lumineux dans les années 1980 et 1990. Une guerre qui s’est nourri du conflit, toujours latent, qui oppose les métis péruviens, héritiers des conquérants espagnols, et les «indios» de la Sierra. 
Le personnage principal, le fiscal distrital adjunto Félix Chacaltana Saldivar, est un petit fonctionnaire zélé qui ne veut qu’une chose : bien faire son travail. Aussi, quand il apprend la découverte d’un corps calciné, et sans doute torturé, dans un petit village voisin nommé Quinua, (où se trouve d'ailleurs le site exact du champ de bataille de Ayacucho) il veut faire en sorte que le dossier soit en règle et que tous les rapports exigés par la loi y soient inclus, sauf qu’il se heurte à une fin de recevoir de la part des policiers et du détachement militaire qui est responsable de la zone. Tout le monde se renvoie la balle et voudrait que le cas soit classé comme un accident d'ordre domestique. Il mène donc sa propre enquête. Nous sommes en 2000 et, officiellement, la guerre est terminée. Les festivités de la Semaine Sainte sont commencées et il est très important pour les autorités que tout se déroule bien car les touristes sont en train d’effectuer un retour dans la ville après des décennies d’absence. Chacaltana dérange donc tout le monde.  
Cependant, notre petit fonctionnaire n’en démord pas : il lui faut ses rapports, quitte à accepter qu’ils soient totalement faux, s’il veut que les officiers responsables les signent. Le problème, c’est que les découvertes de corps torturés s’additionnent de jour en jour et ils ont tendances à tous être des personnes à qui il a parlé au cours de son enquête. L’étau se resserre donc autour de lui jusqu’au jour où il doit faire face au responsable de tous ces crimes qui le confronte à son propre passé, à cette mère, qui est morte il y a 20 ans et avec laquelle il continue de converser quotidiennement tout en entretenant soigneusement sa chambre comme une chapelle, et à ce père qu’il dit n’avoir jamais connu.     

jeudi 1 mars 2012

Participation aux Impromptus Littéraires : Une ile déserte


Elle est où la toilette ? Telle fut ma première pensée à me passer par la tête quand je me suis réveillé ce matin là. Cela pressait, car j’avais une telle envie qu’aucun délai n’était possible. Encore chanceux que je ne l’avais pas fait en dormant, car je venais tout juste de rêver que j’étais en train de pisser. 
Dans ce rêve, j’étais avec Anabella, la femme de mon ami Pablo. Avec tout ce que nous avions bu depuis mon arrivée, nous étions plutôt pompettes et je n’ai pas été surpris outre mesure quand, après lui avoir demandé où étaient les WC, elle m’a pris par la main pour me conduire sous le pont du nouveau yacht de Pablo. Un coup rendus, alors que j’avais déjà levé le siège et que je m’apprêtais à faire ce que j’avais envie de faire,   àelle est restée devant moi au lieu de se retirer et de refermer la porte derrière elle. C’est fou ce que ça peut être jouissif quand une belle femme vous regarde en plein dans les yeux pendant que vous vous libérez d’un si intense besoin...
Est-ce que j’avais rêvé ou si je rêvais que j’avais rêvé ? Ce n’était pas clair. Cependant,  en levant légèrement la tête de ma couche, j’ai pu constater que le décor semblait bien ressembler aux Caraïbes, là où Pablo m’avait invité à venir le rejoindre pour passer le long week-end de Pâques, sauf que le sable qui m’entourait ne me donnait pas du tout l’impression d’être en haute mer. Étions-nous retournés à San Andres ? Devant moi, le vent agitait la tête des cocotiers, mais je ne me rappelais pas le moment où j’avais débarqué du bateau ni comment je m’étais fait la grosse bosse que j’avais derrière la tête. 
Quoiqu’il en soit, j’avais plus pressé à faire que de me questionner sur mon passé, même récent. L’urgence du besoin présent me fit quitter la couverture dans laquelle j’étais enveloppé. Je me suis alors rendu compte que j’étais flambant nu. Chancelant, j’ai examiné les alentours pour m’apercevoir que j’étais sur un ilot sablonneux entouré d’eau à perte de vue. La cabane dans laquelle je m’étais réveillé était formée de trois murs de branchages entrelacés surmontés d’un toit de paille. Un bosquet de cocotiers l’entourait. L’un d’eux a immédiatement retenu mon attention, car il y avait un couteau de planté sur son tronc en plein milieu d’une feuille de papier. Curieux, je me suis dirigé vers lui avec l’intention de me soulager sur le tronc par la même occasion. Mais le sable était tellement chaud que j’ai dû m’arrêter en chemin pour calmer la douleur et en me penchant pour masser le dessous de l’un de mes pieds, mon nez n’a pas pu éviter de renifler la forte odeur de sexe qui se dégageait de mon bas-ventre. Tout m’est alors revenu à l’esprit. 
Le vent agitait la feuille qui était plantée sur l’arbre. Même si j’étais trop loin pour être capable de la lire, je savais ce qui était écrit dessus. Chose certaine, j’étais chanceux d’être encore en vie. 
C’est ce que j’ai continué à me dire en sentant tout ce qu’il y avait de vivant en moi pendant que je pissais aux quatre vents...

mercredi 29 février 2012

Monsieur Lazhar et La Séparation


Monsieur Lazhar est un bon et beau film. Un film qui est plaisant à regarder et qui apporte beaucoup de satisfaction à son spectateur.  

La Séparation, que j’ai été voir hier, est différent. Un film d’une grande intelligence qui explore les subtilités de l’âme humaine. Il est extrêmement bien fait, mais pas vraiment beau, et, surtout, il ne conforte pas autant son spectateur que Monsieur Lazhar. En fait, il nous laisse avec beaucoup d’interrogations sur le sens de l’honnêteté et la notion de vérité. C’est très, très, très fort. En plus, il nous fait un peu mieux connaître un pays que nous ne connaissons pas beaucoup et qui va peut-être avoir une grande importance dans l’actualité internationale au cours des prochaines années.

N’empêche que cela me fait quand même de la peine que Monsieur Lazhar n’ait pas gagné l’Oscar du meilleur film de langue étrangère.    

lundi 27 février 2012

Deadwood


Je viens de terminer le visionnement des trois saisons de la télé-série Deadwood. Douze épisodes d’une heure par saison en trois semaines, soit 36 heures en tout, c’est beaucoup de temps devant le petit écran, surtout que ma blonde n’a pas voulu la regarder parce que, après en avoir vu une, elle a trouvé que c’était trop violent pour elle. En effet, chaque épisode comportait au moins une scène très violente et même si cela contribue à hausser l’intensité dramatique, je dois avouer que ce n’était pas absolument nécessaire d’aller aussi loin dans la reconstitution des multiples égorgements et autres mutilations qui s’y trouvent. Nonobstant cette réserve, c’était excellent. 
Pour ceux qui ne connaissent pas, voir ici et ici. 
J’ai lu que HBO a mis fin à la série parce qu’elle coûtait trop cher. Trop de personnages. Pourtant il est facile de se rendre compte qu’une multitude de figurants n’ont pas eu droit à la parole, car cela aurait sans doute augmenté leur cachet. Cela donne lieu à d’étranges scènes où les personnages principaux évoluent au milieu d’une foule muette. Cela ne doit pas être facile de se limiter quand notre propos est de redonner vie à une ville entière ! Ce n’est pas comme dans un long métrage où un temps limite d’une heure trente à deux heures limite nécessairement les possibilités d’expansion incontrôlée et incontrôlable. Sur 36 heures, si chaque sous-fifre pouvait s’exprimer, on n’en finirait plus d’explorer de nouveaux univers et on perdrait la piste de la narration.
J’ai cependant un malaise avec le personnage de Al Swearengen, le tenancier du Gem Saloon joué par Ian McShane. Un rôle pour lequel il a remporté le Golden Globe Award 2005 du meilleur acteur de série dramatique. Même si c’est un être sans pitié, capable d’assassiner ou de faire assassiner quiconque nuit à ses intérêts, j’en suis arrivé à le trouver sympathique et à attendre avec impatience les scènes où il apparait. «Sympathique» est peut-être un peu fort, «intéressant» serait peut-être plus approprié. 
Toutefois, comme dans toute série, le récit évolue en faisant parfois de curieuses embardées. C’est peut-être dû au fait que plusieurs scripteurs se succèdent à la barre de l’écriture faisant évoluer les personnages dans un sens puis dans l’autre pour finalement aboutir complètement ailleurs que l’on pensait. Cet aspect serait intéressant à analyser plus en profondeur.    
En fin de compte, les 36 heures de visionnement valent bien les 36 heures que peut prendre la lecture d’un roman qui aurait cette amplitude. Sauf que regarder un écran n’implique pas le même travail intellectuel que la lecture. Car en plus du déchiffrement des mots et de la saisie des métaphores, la lecture implique un immense travail d’imagination pour reconstituer les scènes décrites dans le texte. Je n’ai jamais l’impression de perdre mon temps quand je lis alors que j’ai toujours cette crainte quand je regarde la télé. Ce qui n’est cependant pas le cas au cinéma. Étrange... 

mardi 21 février 2012

Participation aux Impromptus Littéraires : Le mariage de ma cousine


Cette semaine, sur le site des Impromptus Littéraires (lien ici), l'exercice consiste à écrire un texte ayant pour thème "Le mariage de ma cousine". Comme certains des commentaires que j'ai eu sur ce site au sujet de mon texte semblent indiquer que l'on puisse croire qu'il s'agit du récit d'un fait vécu, je tiens à préciser que c'est une fiction. 


Le mariage de ma cousine


J’avais dit à ma mère que je n’irais pas au mariage de ma cousine, la fille de l’une de ses soeurs. Mais, à la dernière minute, il m’est soudainement paru important de participer à cette réunion familiale et j’ai commencé à faire des appels pour savoir si je pouvais m’y rendre avec quelqu’un, car, à cette époque, je n’avais pas d’auto. 
Malheureusement, comme le mariage avait lieu à Québec, tout le monde avait décidé d’en profiter pour passer la fin de semaine dans cette ville et d’y arriver le vendredi soir, alors que pour moi c’était tout à fait hors de question que je manque ma pratique de chorale. Comme il n’était pas question non plus que je prenne l’autobus, faute d’argent, j’avais renoncé à y aller. 
Ce vendredi là, j’étais déjà couché quand le téléphone a sonné. C’était ma mère. Elle m’appelait de Québec pour me dire que si je voulais je pouvais avoir la possibilité d’embarquer le lendemain matin avec le frère de la mariée : mon cousin Antonin. Je n’avais qu’à l’appeler à un numéro qu’elle me donna. Il était déjà au courant.
Mon Dieu, Antonin ! Je l’avais complètement oublié celui-là. La dernière fois que je l’ai vu, nous avions autour de 12 ans. C’était à la campagne, chez mon oncle Rémi, le frère de ma mère. Comme nous étions les deux seuls garçons, nous avons rapidement convenu d’aller explorer la ferme. En ouvrant la porte de l’étable, nous avons fait détaler une dizaine de chats qui étaient en train de s’abreuver dans des soucoupes remplies de lait. L’un d’eux est cependant resté. L’animal était couché sur le dos les quatre pattes en l’air, attendant manifestement qu’on le caresse. Antonin s’est approché et lui a mis un de ses pieds sur le ventre. Le chat s’est agrippé à son soulier et mon cousin m’a alors regardé d’une étrange manière. Il souriait, mais son sourire avait quelque chose de malsain. Soudain, il s’est emparé d’une pelle pointue qui était suspendue à un clou près de la porte de l’étable et il l’a abattu de toute ses forces sur le cou de la pauvre bête. Je n’en croyais pas mes yeux ! Comment avait-il pu avoir une telle idée ? Mon gentil cousin s’était transformé en monstre. Il riait aux éclats et mon regard horrifié a semblé augmenter son plaisir. Il a alors donné un coup de pied à la tête qui est allée rouler plus loin et le gros berger de mon oncle s’est précipité pour l’attraper et la croquer, faisant encore plus esclaffer Antonin. Le coeur m’a levé et je suis parti, complètement bouleversé. Juste avant de sortir de l’étable je me suis tourné juste à temps pour voir Antonin se servir de la pelle pour ramasser le corps sans tête. 


J’ai passé ensuite le reste de l’après-midi au salon à regarder la télé. Antonin est venu me rejoindre, mais je ne lui ai pas parlé et je n’ai même pas tourné les yeux vers lui. À un moment donné, il s’est levé et il m’a donné une claque en arrière de la tête avant de s’en aller vers la cuisine. Je n’ai pas été les saluer quand ils sont partis, passant pour un sauvage aux yeux de ma mère, et je n’ai jamais plus voulu accompagner mes parents lors de leurs visites familiales.  

mercredi 15 février 2012

El ruido de las cosas al caer, un roman de Juan Gabriel Vasquez


El ruido de las cosas al caer est un roman de Juan Gabriel Vasquez, un écrivain colombien né à Bogota en 1973 et qui vit présentement à Barcelone après avoir vécu successivement en France et en Belgique au cours des dix dernières années. Ici, un lien avec une entrevue vidéo, sous-titrée en français, de Juan Gabriel Vasquez.

Le bruit que font les choses en tombant n’est pas encore traduit en français, mais cela ne devrait pas tarder. Il a en effet remporter le prix Alfaguara du meilleur roman 2011, voir le lien ici. Ce n’est pas rien, car ce prix est doté d’une bourse de 175,000 $ en plus de permettre à son lauréat d’être diffusé à travers tout le monde hispanique.

Historia secreta de Costaguana, le roman précédent de Juan Gabriel Vasquez a été publié en espagnol en 2007 et traduit en français en 2010 sous le titre de Histoire secrète du Costaguana, alors que Les Dénonciateurs, traduction de Los Informantes parut en 2004, a été publié en français en 2008.

Personnellement, je n’ai pas beaucoup apprécié Histoire secrète du Costaguana que j’ai lu en français. Malgré que Juan Gabriel Vasquez a déclaré avoir écrit ce roman avec l’idée de s’opposer à l’influence du réalisme magique de Gabriel Garcia Marquez, j’ai, à tord ou à raison, car je n’ai pas analysé mon sentiment en profondeur, fortement ressenti le contraire. Une forte impression de ressemblance avec Cent ans de solitude m’a en effet rebuté dans ce roman qui se déroule entre la Colombie et Panama à l’époque de la sécession de ce dernier.

J’ai beaucoup plus apprécié Los Informantes que j’ai découvert lors de l’un de mes séjours en Colombie. La façon qu’a Vasquez de remonter le temps afin de chercher des réponses aux questions du narrateur sur l’histoire de la vie son père m’a fasciné. Par contre, j’ai été un peu déçu par l’enjeu de cette enquête : le rôle et les effets des dénonciations dans l’élaboration d’une liste de suspects de sympathies nazies pendant la deuxième guerre mondiale. En comparaison avec tous les violences qui se sont produites en Colombie au cours des siècles, le sort de ces allemands retenus prisonniers dans un hôtel pendant quelques années ne m’a beaucoup touché, malgré que l’un d’entre eux, le père de l’un des amis du narrateur, se soit suicidé.

Avec El ruido de las cosas al caer, l’auteur affine son art et réussit cette fois à complètement me captiver avec son histoire qui se déroule en Colombie au cours des quarante dernières années.

Le narrateur commence son récit au milieu de l’année 2009 lorsqu’un hippopotame est abattu près du fleuve Magdalena. La nouvelle a fait sensation dans le pays. L’hippopotame est un animal africain. Il n’y a pas d’hippopotame en Colombie, sauf dans les zoos. L’animal avait été acheté par Pablo Escobar, le célèbre chef du cartel de Medellin qui a été tué par la police en 1994. Son zoo privé, un des plus importants de Colombie, avait alors été abandonné à lui-même. Certains animaux avaient été confié à d’autres zoos, mais les hippopotames s’étaient échappés et étaient retournés à la vie sauvage, causant parfois des dommages aux cultures et menaçant la sécurité des gens.

En écoutant cette nouvelle, Antonio Yammara, le narrateur, se rappelle alors le moment où il a fait la connaissance de Ricardo Laverde alors qu’il jouait au billard dans une salle de jeu de Bogota en décembre 1995. Un appareil de télévision était allumé. À l’heure des nouvelles et, après l’annonce d’un nouvel attentat visant une personnalité politique, un reportage sur l’hacienda abandonnée de Pablo Escobar fut présentée expliquant les difficultés qu’avaient les autorités à gérer cet héritage. Une voix s’éleva alors parmi les joueurs d’une autre table : «Que vont-ils faire avec les animaux ? Ils meurent de faim et personne ne s’en préoccupe». C’était Ricardo Laverde.

Cet homme d’une cinquantaine d’années qu’on disait récemment libéré d’une sentence de vingt cinq ans de prison intrigua Antonio et, au cours des semaines qui suivirent, il tenta de s’en faire un ami. Il y parvint plus ou moins, mais jamais il ne put le faire parler sur son passé. En réponse à son insistant questionnement, Laverde lui dit : «yo mi vida no se la cuento a cualquiera. No confunda el billar con la amistad» (Moi, ma vie, je ne la raconte pas à n’importe qui. Ne confond pas le billard avec l’amitié).

Quelques semaines après ce refus, alors qu’ils marchaient tous les deux sur le trottoir, une moto s’approcha d’eux et le passager armé d’un pistolet les cribla de balles. Laverde mourut sur le coup. Antonio survécut à ses blessures, mais resta dépressif.

Trois ans plus tard, il reçut un appel de la fille de Laverde, Maya. Elle voulait le rencontrer pour savoir ce qui s’était passé les dernières semaines de la vie de son père. Lors de cette rencontre elle lui révèle tout ce qu’elle a pu apprendre au cours de l’enquête qu’elle a menée pour connaître cet homme qu’elle n’a pratiquement pas connu, car il a été emprisonné alors qu’elle avait 8 ans et sa mère lui avait alors dit qu’il était mort. C’est l’histoire d’une vie qui s’imbrique dans l’histoire de la Colombie des années 70 et 80, plus proche cependant du trafic de la drogue que des luttes politiques qui ont déchirées et déchirent encore ce pays.