vendredi 11 mai 2012

El Hombre que amaba a los perros - L'Homme qui aimait les chiens, un roman de Leonardo Padura


Je viens de terminer la lecture en espagnol du roman El Hombre que amaba a los perros de l’auteur cubain Leonardo Padura et j’aimerais vous en parler parce que je l’ai trouvé très intéressant. 


                                                                                           
El hombre que amaba los perros (Maxi Tusquets) (Spanish Edition)



Je l’avais un peu mis de côté au cours des deux dernières semaines parce qu’en jetant un regard en passant sur les tablettes de la bibliothèque de ma blonde, mon regard était resté accroché sur 1491 ; une essai-synthèse (voir ici la page du livre sur Amazon et ici l'édition française sur le site de Renaud-Bray) d’un journaliste scientifique américain, Charles C. Mann, sur les plus récentes recherches archéologiques, anthropologiques et historiques au sujet des Amériques d’avant l’arrivée de Christophe Colomb ; dont elle m’avait plusieurs fois recommandé la lecture. En plus, tout en lisant ce livre absolument formidable, j’y ai découvert une référence à One vast winter count de Colin C. Calloway que j'ai aussi commencé à lire sur l'exemplaire numérique que je me suis acheté sur Google Books (voir ici). One vast winter count s'est en effet avéré être une passionnante histoire des indiens de l’ouest de l’Amérique du Nord d'avant l’expédition Lewis et Clark (1804-1806) envoyée par le Congrès américain pour explorer les territoires que les États-Unis ont acheté à la France en 1803. 


Comme j’avais pris mon exemplaire de El hombre que amaba a los perros à la Bibliothèque Nationale et que je ne pouvais pas renouveler mon emprunt parce que quelqu’un d’autre l’avait réservé, j’ai dû laisser tomber mes nouvelles lecture pour retourner lire rapidement ce qui me restait à lire du roman de Padura afin de pouvoir le remettre.


Pourquoi je m’étais intéressé à ce roman ? Je connaissais son auteur, Leonardo Padura, pour avoir déjà lu deux de ses romans précédents faisant partie d’une série ayant comme personnage principal Mario Conde, un policier de La Havane. Ces deux romans ne m’avaient pas vraiment épatés pour ce qui est de l’intrigue policière, mais, par contre, la description qu’on pouvait y trouver de la vie quotidienne à Cuba m’avait beaucoup intéressé. Je les avais lu en espagnol avec l’idée de me pratiquer à lire dans cette langue et c’est aussi dans ce but que j’ai fait de même avec El Hombre que amaba a los perros. Cependant le livre est disponible en français sous le titre L’homme qui aimait les chiens (voir ici la page de Renaud-Bray).



El hombre que amaba a los perros n’est pas un roman facile, car sa lecture exige une bonne base historique que l’on peut toutefois combler en cours de lecture en consultant Wikipedia, mais il en vaut la peine parce qu'il met en scène des événements qui ont marqué le 20e siècle tout en continuant à exercer une influence sur ce que nous vivons présentement.
Trois univers sont décrit dans le roman et se partagent à tour de rôle les différents chapitres. 
Cela commence d’abord par l’univers de Yvan, un cubain qui après la mort de sa femme se met à être hanté par le souvenir d’un homme qu’il a rencontré un jour, il y a plus de trente ans, sur la plage de Guanabo. Guanabo fait partie des plages situées à moins de vingt kilomètres de La Havane et qui sont très fréquentées par les cubains contrairement à d’autres plages, certes plus réputées internationalement, mais quasiment interdites aux locaux. Or, je connaissais déjà las playas del este pour y avoir séjourné à deux reprises dans le passé et cela a contribué à augmenter mon intérêt pour ce récit. Ce mystérieux inconnu, qui est toujours accompagné d’un chauffeur qui se tient en retrait, vient faire courir ses deux chiens sur la plage. Des chiens russes absolument introuvables à Cuba, mais que Yvan connaît parce qu’il travaille comme rédacteur pour une revue de vétérinaires, un travail qu’il a accepté après avoir été écarté de la carrière d’écrivain dont il rêvait parce qu’il ne s’était pas conformé aux règles imposées par le régime castriste. Les deux hommes commencent à échanger ensemble et petit à petit, au fil de leurs rencontres, l’inconnu lui raconte la vie d’un homme qu’il présente comme son ami, mais qui s’avérera finalement être lui-même. Cet homme, c’est Ramon Mercader, l’assassin de Trotsky.   
Le deuxième univers qui compose la trame de ce roman est celui de Trotsky. Un Trotsky que l’on retrouve en 1929 en Turquie après que Staline l’eut expulsé d’URSS. Cette partie du roman, quoique très intéressante, est un peu exigeante pour le lecteur, car il est nécessaire de connaître un peu l’histoire de l’URSS pour s’y retrouver. Mais, comme je l’ai dit précédemment, Wikipedia est là pour rafraîchir la mémoire quand c’est nécessaire. Trotsky, donc, le compagnon de Lénine et le fondateur de l’Armée Rouge est sorti défait de la lutte pour le pouvoir engendrée par la mort de Lénine et c’est Staline et la bureaucratie du parti qui a gagné. Réfugié pendant plusieurs années en Turquie, il essaie de rallier ses sympathisants pour s’opposer à la mainmise de Staline sur les mouvements marxistes du monde entier. Se sentant trop éloigné, il demande l’asile politique à la France qui accepte mais à la condition qu’il réside à l’extérieur de Paris et qu’il s’abstienne de toute activité politique, ce qui est bien sûr impossible. Il est donc expulsé deux ans plus tard, en 1935, et va se réfugier en Norvège où un gouvernement socialiste lui accorde une certaine sympathie. Mais il doit encore partir sous la pression à la fois des fascistes et du parti communiste norvégien pour aller au Mexique en 1937, où le peintre Diego Rivera et sa femme Frida Kahlo l’accueillent dans leur maison. Il y sera assassiné en 1940. 
Le troisième univers du roman est celui de Ramon Mercader, un militant communiste espagnol recruté par la NKVD, la police secrète de Staline. Là encore, il faut une certaine connaissance du contexte historique pour s’y retrouver dans ce méli-mélo de luttes fratricides qui caractérise la guerre civile espagnole. Rappelons brièvement que cette guerre a été déclenchée en 1936 par un coup d’état militaire mené par le général Franco pour s’opposer à l’élection d’un gouvernement socialiste. Les troupes fidèles au gouvernement étaient toutefois divisées entre plusieurs factions : communistes, socialistes, anarchistes, nationalistes, et ils allèrent jusqu’à se battre entre eux pendant que l’armée de Franco les attaquait. Plusieurs écrivains célèbres (Malraux, Hemingway) ont écrit des romans qui racontent ce conflit qui a fait près de un million de morts dans un pays qui comptait 26 millions d’habitants. Retiré des combats par un conseiller soviétique qui était l’amant de sa mère, Mercader reçoit un entraînement spécial et il est ensuite envoyé à Paris sous une nouvelle identité, Jacques Mornard. Il y fera connaissance avec une jeune américaine trotskiste qui l’introduira auprès de son chef. 
Ce qui m’a étonné dans ce roman, c’est sa critique du régime cubain à travers la critique du stalinisme. Je ne pensais pas qu’un écrivain cubain vivant à Cuba et non exilé ailleurs dans le monde pouvait se permettre d'écrire aussi librement. Quoique le nom de Castro n’y apparaît jamais, il est clair que les problèmes vécu par Yvan, le personnage de l’écrivain cubain, au cours de sa vie sont liés au fait qu’il vit sous un régime du même type que celui que Staline a imposé en URSS.
J’ai trouvé (ici) une critique du roman de Padura qui souligne que pour un auteur qui se targue d’être un journaliste d’enquête et auteur de romans policiers il est étrange qu'il ne soulève pas la question de savoir pourquoi Castro a accepté que Mercader trouve refuge à Cuba après qu’il eut purgé sa peine de 20 ans de prison pour le sordide assassinat qu’il a commis.
   
Cette critique est selon moi pertinente, mais elle n’enlève rien aux qualités littéraires de ce roman. 

Trotsky avait une relation particulière avec les chiens. Il les disait très intelligents, car ils pouvaient le comprendre peu importe la langue qu'il utilisait : russe, anglais, français ou espagnol. Mercader aimait lui aussi beaucoup les chiens et les deux avec lesquels il allait se promener sur la plage de Cuba étaient de la même race que celui que Trotsky a le plus aimé au cours de sa vie : Maya la chienne qui l'a accompagné au cours de son exil en Turquie. Pendant la période où il visitait Trotsky avant de l'assassiner, Mercader en était venu à craindre de ne pouvoir le faire à cause de la façon que celui-ci aimait les chiens. Quant à Yvan, lui aussi il aimait beaucoup les chiens. 



mardi 1 mai 2012

1491-1493



Depuis une semaine, j’ai quelque peu délaissé, mais pas abandonné, ma lecture du roman de Leonardo Padura, El Hombre que Amaba a los Perros, pour plonger dans tout autre chose. C’est aussi en espagnol, mais je compte bien me procurer la version française dans les prochains jours afin d’en faire une lecture plus approfondie. Il s’agit de 1491, un essai de Charles C. Mann, un journaliste scientifique américain reconnu qui a gagné à plusieurs reprises le National Magazine Award et qui a précédemment publié plusieurs livres, dont une histoire de l’aspirine, The Aspirine War, ainsi qu’une multitude d’articles pour des revues aussi connues que Science, Atlantic et Wired.

1491 (Second Edition): New Revelations of the Americas Before Columbus

1491 se veut une réponse à la question : Comment était l’Amérique avant l’arrivée de Colomb ? D’après les recherches qu’a fait Mann à travers les plus récentes études universitaires, l’Amérique était beaucoup plus peuplée et développée que ce que nous croyons et ce n’est pas la prétendue supériorité technique des européens qui leur a permis de s’implanter dans ce Nouveau-Monde, mais plutôt un affaiblissement généralisé des diverses sociétés qui y vivaient. Elles étaient décimées et désorganisées par les épidémies avant même d’être conquises. La plus grand hécatombe de toute l’histoire de l’humanité. Ainsi, selon les plus récentes études démographiques, l’Amérique précolombienne aurait été plus peuplée que l’Europe et Tenochtitlan (Mexico) aurait eu plus d’habitants que n’importe quelle cité européenne de son époque. 95 % des amérindiens disparurent entre 1500 et 1600. Que ce soit pour Cortès, Pizarro, les pèlerins du Mayflower et probablement aussi les français dans la vallée du Saint-Laurent, le même scénario s’est reproduit : la maladie était là avant eux ou en même temps qu’eux. 
Publié pour la première fois en 2005, 1491 a une suite qui s’intitule 1493 et qui a paru en 2011. Il n’est pas encore disponible en français, mais il sera sûrement traduit très bientôt. 

(Si vous cliquez sur le livre, un lien vous mènera sur sa fiche sur Amazon et vous pourrez lire son introduction) 



1493: Uncovering the New World Columbus Created

1493 s’intéresse aux changements apportés par la découverte des Amériques par Colomb. Comment notre monde est devenu global à partir du moment où les espagnols ont commencé à commercer avec la Chine en échangeant l’argent des mines de leurs possessions américaines contre de la soie, et comment la patate sucrée sud-américaine a permis aux chinois de survivre à une famine tout en provoquant du même coup une catastrophe écologique qui allait entrainer cette civilisation dans une décadence dont elle commence tout juste à se sortir. 
  

vendredi 13 avril 2012

Hunger Games, le livre premier


Je viens de terminer la lecture du premier tome de Hunger Games, la trilogie de Suzanne Collins dont s’inspire le film du même nom qui vient tout juste de sortir. C’est d’ailleurs grâce à la publicité entourant le lancement de ce film que j’ai eu connaissance de l’existence du roman et que je lui ai porté attention, car, à prime abord, le film étant destiné à un public adolescent, et même pré-adolescent je ne m’y serais pas arrêté. Par contre, le thème de la télé-réalité qui y est traité est très intéressant. Plusieurs articles lui sont consacrés sur le site Slate : ici, ici et ici
Mon premier réflexe a été de vouloir aller feuilleter le roman chez Renaud-Bray, mais j’ai eu de la difficulté à le trouver. Il n’était nulle part et je trouvais invraisemblable qu’un roman dont on disait qu’il s’était vendu à des dizaines de millions d’exemplaire ne soit pas disponible. J’allais quitter la librairie sans même m’informer auprès d’un commis, car au fond je ne devais pas y tenir tant que cela, quand j’ai eu soudainement l’idée d’aller vérifier dans la section jeunesse. Il était là ! J’ai lu quelques pages et cela m’est apparu un peu trop simple comme écriture pour que j’y consacre le trente dollars exigé pour la version française. Je me suis alors demandé si je ne pourrais pas le lire dans sa version anglaise sans doute beaucoup moins cher. En effet, Chapter le vend dix dollars en édition de poche et quinze dans l’édition à couverture rigide. Encore là, je n’étais pas convaincu que mon envie de le lire valait ce prix. Finalement, je l’ai trouvé à 5 $ sur Amazone pour la tablette Kindle. Je n’ai pas de Kindle mais j’ai l’application sur mon ordinateur. À ce prix, ce n’était pas un grand risque au cas où je ne l’aimerais pas. Je l’ai donc acheté et je l’ai lu en moins d’une semaine tellement j’ai trouvé cela captivant même si mon niveau de lecture en anglais est loin d’être parfait. Je ne comprends pas tous les mots, mais généralement cela ne m’empêche pas de comprendre le sens des paragraphes. En plus, sur Kindle, il y a un dictionnaire incorporé qui nous permet de vérifier la définition des mots en un clique.  
C’est un récit d’aventure absolument captivant à la condition de ne pas trop s’attarder à penser à ses incohérences. Par contre, d’après ce que j’ai compris des nombreux articles critiques que j’ai lu sur le film, le roman pousse beaucoup plus loin que celui-ci, la critique de la société qu’il décrit. Ce qui n’est pas une surprise. 
En ce qui a trait aux aberrations, la première qui m’est venue à l’esprit au tout début de ma lecture, est le fait que les jeux meurtriers que sont les Humger Games mettent aux prises des jeunes de 12 à 18 ans choisis au hasard parmi les 12 districts de Panem. Je ne vois pas ce qui peut être excitant de voir des colosses de 16 à 18 ans affronter des enfants de 12 ans. Il me semble que l’enjeu aurait été beaucoup plus plausible si les participants étaient des adultes, ou du moins de jeunes adultes. Le choix d’un si jeune âge doit être dû au fait que les 12 à 18 ans sont le lectorat qui était originalement visé par ce roman même si finalement, et j’en suis la preuve, il peut intéresser des lecteurs de tous les âges. Le fait de mettre en scène des adolescents qui semblent tenir entre leurs mains le destin de toute une société, comme si les adultes en étaient incapables, a pour effet de valoriser les jeunes et leur donner l’illusions qu’ils peuvent changer le monde.  
L’autre aberration que j’ai trouvé dans Hunger Games concerne les caméras. Lors des cérémonies officielles la présence des caméras et caméramens est soulignée alors que dans le déroulement des jeux, même si on les sait omniprésentes, car les téléspectateurs peuvent observer toutes péripéties qui s’y déroulent, jamais la narratrice ne mentionne leur présence concrète. C’est comme si elles étaient invisibles. Pourtant Katniss agit souvent en fonction de celles-ci, leur dissimulant ses réels états d’esprit ou camouflant certaines de ses actions ou se retenant d’exprimer certaines idées ou souvenirs qui pourraient la compromettre ou compromettre des personnes qu’elle aime. De plus, comment des caméras fixes pourraient capter tout ce qui peut se passer sur un territoire de plusieurs kilomètres carrés dont une grande partie est boisé ? L’héroïne ne mentionne jamais avoir localisé l’une de ces caméras.
Peeta, son coéquipier, est blessé à une jambe et les médecins n’arrivent pas à la sauver. Il devra porter une jambe artificielle. Pourtant ces même médecins sont capables de ressusciter des cadavres et d’en faire des mutants loups-garous. L’apparition de ces mutants à la fin des jeux est selon moi la partie la plus faible du roman.  

lundi 9 avril 2012

Lectures et écritures des dernières semaines

À part ma participation aux Impromptus Littéraires, je n'ai pas écrit beaucoup la semaine passée. J'ai commencé à écrire un texte sur Hunger Games, mais pour le moment il ne me satisfait pas suffisamment pour que je le publie. Ce sera peut-être pour un peu plus tard cette semaine. Par ailleurs, je n'ai pas ouvert une seule fois le fichier de mon roman. J'ai même pensé à plusieurs reprises à l'abandonner définitivement tout en me demandant si je n'allais pas plutôt en commencer un autre.

Par contre, j'ai beaucoup lu. Après avoir terminé le premier tome de la trilogie de Suzanne Collins, j'ai commencé à lire le tome 2. Parallèlement, je lis El Hombre que amaba a los Perros de Leonardo Padura, un écrivain cubain que je connaissais déjà, car j'avais déjà lu deux des romans de sa série ayant pour héros Mario Conde détective à La Havane. Vous pouvez voir ici une entrevue avec lui en espagnol sous-titrée en français.

  L'homme qui aimait les chiens est un roman qui raconte l'histoire d'un écrivain cubain qui fait un jour connaissance sur une plage... cubaine, d'un homme qui en viendra à lui faire des confidences sur l'homme qui assassina Trotsky au Mexique en 1940. Le roman reconstitue à la fois le parcours de Trotsky à partir de son expulsion d'URSS par Staline et le parcours de Ramon Mercader, un communiste espagnol devenu agent secret pour le KGB pendant la guerre civile et chargé d'assassiner des trotskystes.  

Participation au Impromptus Littéraires sur le thème des planètes


Je dois avouer que je ne savais pas grand chose sur le système solaire avant que le thème de la semaine des Impromptus Littéraires ne m’impose l’obligation d’effectuer une recherche si je voulais être capable d’écrire quelque chose sur les 8 planètes qui le composent.
Avant cette recherche, je crois que j’aurais eu de la difficulté à spontanément en nommer plus que trois. La première à me venir à l’esprit aurait été Mars (à cause des martiens bien sûr). Ensuite, peut-être Vénus (l’étoile du berger) et sans doute aussi Saturne (à cause de son anneau que j’ai vue une fois dans le télescope d’un astronome amateur : impressionnant !). Par contre, les noms de Mercure, Neptune, Uranus et Jupiter, même s’ils ne me sont pas inconnus, n’auraient certainement pas surgi facilement dans mon esprit.
Quelques informations me reviennent encore à l’esprit 24 heures après les avoir lues, mais je ne sais pas combien de temps je vais m’en souvenir. Ainsi, dans l’ordre de leur distance avec le soleil : Mercure, Vénus, Terre et Mars sont des planètes rocheuses alors que Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune sont des planètes gazeuses. Pluton fut découverte en 1930 et classée comme étant la neuvième planète, mais, malheureusement pour elle, elle fut déclassée en 2006 parce que la découverte de plusieurs autres objets planétaires de grandeur similaire a obligé les scientifiques à inventer une nouvelle catégorie : les planètes naines.   
Je me risque à considérer ce qui précède comme étant un texte en prose parlant de planètes. J’admets toutefois qu’il ne brille pas beaucoup littérairement parlant. J’aurais pu faire preuve de plus d’imagination en faisant appel à une mise en scène plus élaborée. Exemple : Par une belle nuit d’été, un homme et une femme étaient étendus au fond d’une chaloupe qui dérivait au milieu d’un lac isolé des Laurentides au nord de Montréal. Ils s’émerveillaient de la profusion d’étoiles qui les surplombaient se demandant combien de planètes pouvaient se cacher parmi tous ces points lumineux et combien d’entres elles pouvaient abriter des formes de vie. La conversation dériva vers notre système solaire et l’un des deux, peu importe lequel, fit une magistrale démonstration de ses connaissances en astronomie en déclinant les noms de chacune des planètes qui le composent. Soudain, la chaloupe heurta quelque chose, quelque chose de très dur, de métallique. Ils se précipitèrent pour aller voir ce qu’ils avaient heurté et au moment où ils se retrouvèrent tous les deux penchés par dessus le même côté de la chaloupe, celle-ci chavira, non pas parce qu’ils l’avaient déséquilibrée, mais parce qu’une trappe venait de s’ouvrirent sous eux, les engouffrant dans le ventre d’un vaisseau spatial. La trappe se referma presque immédiatement et le navire émergea du lac pour s’élancer dans le ciel à une vitesse fulgurante emportant avec lui les deux spécimens. À peine était-il sorti de l’atmosphère terrestre qu’un énorme aspirateur de planètes vint s’emparer de la Terre pour n’en faire qu’une bouchée de poussière pulvérisée qui allait rejoindre celles qui avaient été engendrées par la capture de Mercure et de Vénus. Il ne lui restait plus qu’à faire un petit arrêt à proximité de Mars et le tour était joué. 

jeudi 15 mars 2012

Participation aux Impromptus Littéraires : À partir de deux vers de la Chanson du mal aimé de Guillaume Apollinaire


Thème de la semaine sur le site des Impromptus Littéraires (lien pour le site ici) : Nous vous demandons d'emboîter le pas à Guillaume Apollinaire. Que votre texte soit rédigé en prose ou en vers, son incipit doit obligatoirement être "Je suivis ce mauvais garçon qui sifflotait mains dans les poches", deux des vers du célèbre poème "La chanson du mal-aimé".



"Je suivis ce mauvais garçon qui sifflotait, mains dans les poches" sans douter une seule seconde que j’allais me mettre dans le pétrin. Ma dernière rencontre avec Annie m’avais laissé dans un tel état que j’étais prêt à tout risquer afin d’oublier le mal qui me brûlait l’intérieur.    
Ce jeune voyou m’est apparu sympathique dès le premier regard que j’ai porté sur lui dans la section du marché où je savais que se tenaient les fournisseurs des différents produits et services qui pouvaient me permettre d’échapper pendant quelques heures à la triste réalité de ma vie. 
Après avoir parcouru quelques centaines de mètres dans le dédale de ruelles du plus malfamé des quartiers de la ville, nous sommes entrés dans un immeuble plus décrépi encore que les autres et nous avons monté des escaliers jusque devant une porte. Là, il m’a souri et m’a invité à passer devant lui en me prenant par les épaules, comme s’il était mon ami. Cela m’aurait plu d’être son ami même si je savais que ce n’était pas possible. 
Il a poussé la porte et je me suis avancé dans un obscur corridor percé de portes fermées. J’ai pointé la première du doigt pour lui demander si c’était celle-là. Il a fait non de la tête et m’a indiqué du menton qu’il fallait que j’aille plus loin. Devant la troisième et dernière, il a acquiescé et m’a fait signe d’entrer. À l’intérieur, à la lueur d’une fenêtre mal camouflée, il y avait une fille toute nue étendue sur un matelas placé par terre. Elle avait les jambes écartées et, au delà de son opulente poitrine, j’ai pu distinguer la sanglante balafre qui lui séparait presque la tête du corps. Horrifié, je me suis précipité vers le corridor pour avertir mon passeur. Je l’ai trouvé à genoux contre le mur. Un gros barbu le tenait par les cheveux d’une main pendant que de l’autre il était en train de lui trancher la gorge avec un long couteau. Le temps d’un instant, j’ai pu échanger un dernier regard de sympathie avec mon guide, comme si cela pouvait lui être d’un quelconque réconfort, avant de lui tourner le dos pour courir dans l’autre direction dès que j’ai vu ses yeux se révulser. Mais il n’y avait pas d’autre issu. Le corridor aboutissait sur une toilette commune ornée d’une minuscule lucarne. J’ai alors voulu revenir sur mes pas pour retourner dans la pièce où j’avais trouvé le corps de la fille et peut-être être capable de sortir par la fenêtre que j’avais entre perçue, mais le gros barbu me bloquait le passage, le couteau à la main et la mine assassine. Que pouvais-je lui dire pour l’amadouer ?

mercredi 14 mars 2012

Autour d'une lecture de Abril Rojo de Santiago Roncagliolo


Avec Abril Rojo de Santiago Roncagliolo, un roman policier péruvien disponible en français sous le titre Avril Rouge, je poursuis ma résolution de lire des romans en espagnol. 
Après avoir lu El Ruido de las Cosas al Caer de l’écrivain colombien Juan Gabriel Vasquez, qui a gagné le prestigieux prix Alfaguarra du meilleur roman de l’année 2011, j’ai visité le site de cette maison d’édition afin de voir quels étaient les gagnants des autres années. J’ai ainsi pu lire les premières pages de quelques uns d’entre eux et je me suis ainsi rendu compte que l’action de Abril Rojo, gagnant du prix Alfaguarra 2006, se passe à Ayacucho au Pérou. 
Ce nom m’intriguait depuis longtemps, car il y a une avenue importante de Medellin, ville d’origine de ma conjointe, qui se nomme ainsi. Il doit d’ailleurs aussi y avoir des rues qui se nomment ainsi dans toute l’Amérique du Sud, car Ayacucho a été le site, en 1824, d’une très importante bataille de la guerre qui scella le sort de la domination espagnole en Amérique du sud. Comme nous empruntons souvent cette avenue quand nous séjournons là-bas, je m’amuse beaucoup à prononcer ce mot très sonore en le séparant en deux : Aya Cucho, et cela soulève toujours de fortes réactions. On m’a expliqué qu’à Medellin, la cucha est le terme utilisé par les sicarios pour nommer leur mère. Les sicarios sont souvent des adolescents utilisés comme tueurs à gage par les différentes bandes criminelles de la ville. Ces jeunes étant pour la plupart élevés par leur mère, en absence du père, ils vouent un culte pour celle-ci. La ville regorge d’histoires de jeunes qui ont commis des meurtres afin de pouvoir acheter des électro-ménagers à leur «cucha». Il y a même à Medellin une Vierge des sicarios (une statue) auprès de laquelle les jeunes tueurs vont prier afin qu'elle les aide à réussir leur prochain assassinat. L’écrivain colombien Fernando Vallejo a d’ailleurs écrit un roman portant ce titre et le cinéaste Barbet Schroeder en a fait un film (bande annonce ici).
Si cucha signifie la «vieille» à Medellin, j’en ai déduit que le «vieux» s’appelle donc cucho et je me suis donc souvent amusé à nous nommer ainsi ma conjointe et moi, soulevant ainsi bien des rires chez mes interlocuteurs medellinois. D’après ce que j’ai compris, c’est une expression qui est connue de tous, mais qui a une trop forte connotation populaire.       
En fait, Ayacucho est un mot d’origine quechua, la langue des incas qui encore parlé en Équateur, au Pérou et en Bolivie par plus de 10 millions de personnes. Plusieurs significations du mot sont discutées, mais la plus répandue sembleraient vouloir dire qu’il s’agit d’un lieu où il y a des morts. Ce qui est fort à propos pour un roman policier dans lequel il y a justement beaucoup de morts. 
Toujours est il que j’ai terminé ma lecture de Abril Rojo. C’est très intéressant, car cela nous parle d’une région et d’un conflit qui sont très peu connus ici : la guerre de guérilla menée par le Sentier Lumineux dans les années 1980 et 1990. Une guerre qui s’est nourri du conflit, toujours latent, qui oppose les métis péruviens, héritiers des conquérants espagnols, et les «indios» de la Sierra. 
Le personnage principal, le fiscal distrital adjunto Félix Chacaltana Saldivar, est un petit fonctionnaire zélé qui ne veut qu’une chose : bien faire son travail. Aussi, quand il apprend la découverte d’un corps calciné, et sans doute torturé, dans un petit village voisin nommé Quinua, (où se trouve d'ailleurs le site exact du champ de bataille de Ayacucho) il veut faire en sorte que le dossier soit en règle et que tous les rapports exigés par la loi y soient inclus, sauf qu’il se heurte à une fin de recevoir de la part des policiers et du détachement militaire qui est responsable de la zone. Tout le monde se renvoie la balle et voudrait que le cas soit classé comme un accident d'ordre domestique. Il mène donc sa propre enquête. Nous sommes en 2000 et, officiellement, la guerre est terminée. Les festivités de la Semaine Sainte sont commencées et il est très important pour les autorités que tout se déroule bien car les touristes sont en train d’effectuer un retour dans la ville après des décennies d’absence. Chacaltana dérange donc tout le monde.  
Cependant, notre petit fonctionnaire n’en démord pas : il lui faut ses rapports, quitte à accepter qu’ils soient totalement faux, s’il veut que les officiers responsables les signent. Le problème, c’est que les découvertes de corps torturés s’additionnent de jour en jour et ils ont tendances à tous être des personnes à qui il a parlé au cours de son enquête. L’étau se resserre donc autour de lui jusqu’au jour où il doit faire face au responsable de tous ces crimes qui le confronte à son propre passé, à cette mère, qui est morte il y a 20 ans et avec laquelle il continue de converser quotidiennement tout en entretenant soigneusement sa chambre comme une chapelle, et à ce père qu’il dit n’avoir jamais connu.     

jeudi 1 mars 2012

Participation aux Impromptus Littéraires : Une ile déserte


Elle est où la toilette ? Telle fut ma première pensée à me passer par la tête quand je me suis réveillé ce matin là. Cela pressait, car j’avais une telle envie qu’aucun délai n’était possible. Encore chanceux que je ne l’avais pas fait en dormant, car je venais tout juste de rêver que j’étais en train de pisser. 
Dans ce rêve, j’étais avec Anabella, la femme de mon ami Pablo. Avec tout ce que nous avions bu depuis mon arrivée, nous étions plutôt pompettes et je n’ai pas été surpris outre mesure quand, après lui avoir demandé où étaient les WC, elle m’a pris par la main pour me conduire sous le pont du nouveau yacht de Pablo. Un coup rendus, alors que j’avais déjà levé le siège et que je m’apprêtais à faire ce que j’avais envie de faire,   àelle est restée devant moi au lieu de se retirer et de refermer la porte derrière elle. C’est fou ce que ça peut être jouissif quand une belle femme vous regarde en plein dans les yeux pendant que vous vous libérez d’un si intense besoin...
Est-ce que j’avais rêvé ou si je rêvais que j’avais rêvé ? Ce n’était pas clair. Cependant,  en levant légèrement la tête de ma couche, j’ai pu constater que le décor semblait bien ressembler aux Caraïbes, là où Pablo m’avait invité à venir le rejoindre pour passer le long week-end de Pâques, sauf que le sable qui m’entourait ne me donnait pas du tout l’impression d’être en haute mer. Étions-nous retournés à San Andres ? Devant moi, le vent agitait la tête des cocotiers, mais je ne me rappelais pas le moment où j’avais débarqué du bateau ni comment je m’étais fait la grosse bosse que j’avais derrière la tête. 
Quoiqu’il en soit, j’avais plus pressé à faire que de me questionner sur mon passé, même récent. L’urgence du besoin présent me fit quitter la couverture dans laquelle j’étais enveloppé. Je me suis alors rendu compte que j’étais flambant nu. Chancelant, j’ai examiné les alentours pour m’apercevoir que j’étais sur un ilot sablonneux entouré d’eau à perte de vue. La cabane dans laquelle je m’étais réveillé était formée de trois murs de branchages entrelacés surmontés d’un toit de paille. Un bosquet de cocotiers l’entourait. L’un d’eux a immédiatement retenu mon attention, car il y avait un couteau de planté sur son tronc en plein milieu d’une feuille de papier. Curieux, je me suis dirigé vers lui avec l’intention de me soulager sur le tronc par la même occasion. Mais le sable était tellement chaud que j’ai dû m’arrêter en chemin pour calmer la douleur et en me penchant pour masser le dessous de l’un de mes pieds, mon nez n’a pas pu éviter de renifler la forte odeur de sexe qui se dégageait de mon bas-ventre. Tout m’est alors revenu à l’esprit. 
Le vent agitait la feuille qui était plantée sur l’arbre. Même si j’étais trop loin pour être capable de la lire, je savais ce qui était écrit dessus. Chose certaine, j’étais chanceux d’être encore en vie. 
C’est ce que j’ai continué à me dire en sentant tout ce qu’il y avait de vivant en moi pendant que je pissais aux quatre vents...

mercredi 29 février 2012

Monsieur Lazhar et La Séparation


Monsieur Lazhar est un bon et beau film. Un film qui est plaisant à regarder et qui apporte beaucoup de satisfaction à son spectateur.  

La Séparation, que j’ai été voir hier, est différent. Un film d’une grande intelligence qui explore les subtilités de l’âme humaine. Il est extrêmement bien fait, mais pas vraiment beau, et, surtout, il ne conforte pas autant son spectateur que Monsieur Lazhar. En fait, il nous laisse avec beaucoup d’interrogations sur le sens de l’honnêteté et la notion de vérité. C’est très, très, très fort. En plus, il nous fait un peu mieux connaître un pays que nous ne connaissons pas beaucoup et qui va peut-être avoir une grande importance dans l’actualité internationale au cours des prochaines années.

N’empêche que cela me fait quand même de la peine que Monsieur Lazhar n’ait pas gagné l’Oscar du meilleur film de langue étrangère.    

lundi 27 février 2012

Deadwood


Je viens de terminer le visionnement des trois saisons de la télé-série Deadwood. Douze épisodes d’une heure par saison en trois semaines, soit 36 heures en tout, c’est beaucoup de temps devant le petit écran, surtout que ma blonde n’a pas voulu la regarder parce que, après en avoir vu une, elle a trouvé que c’était trop violent pour elle. En effet, chaque épisode comportait au moins une scène très violente et même si cela contribue à hausser l’intensité dramatique, je dois avouer que ce n’était pas absolument nécessaire d’aller aussi loin dans la reconstitution des multiples égorgements et autres mutilations qui s’y trouvent. Nonobstant cette réserve, c’était excellent. 
Pour ceux qui ne connaissent pas, voir ici et ici
J’ai lu que HBO a mis fin à la série parce qu’elle coûtait trop cher. Trop de personnages. Pourtant il est facile de se rendre compte qu’une multitude de figurants n’ont pas eu droit à la parole, car cela aurait sans doute augmenté leur cachet. Cela donne lieu à d’étranges scènes où les personnages principaux évoluent au milieu d’une foule muette. Cela ne doit pas être facile de se limiter quand notre propos est de redonner vie à une ville entière ! Ce n’est pas comme dans un long métrage où un temps limite d’une heure trente à deux heures limite nécessairement les possibilités d’expansion incontrôlée et incontrôlable. Sur 36 heures, si chaque sous-fifre pouvait s’exprimer, on n’en finirait plus d’explorer de nouveaux univers et on perdrait la piste de la narration.
J’ai cependant un malaise avec le personnage de Al Swearengen, le tenancier du Gem Saloon joué par Ian McShane. Un rôle pour lequel il a remporté le Golden Globe Award 2005 du meilleur acteur de série dramatique. Même si c’est un être sans pitié, capable d’assassiner ou de faire assassiner quiconque nuit à ses intérêts, j’en suis arrivé à le trouver sympathique et à attendre avec impatience les scènes où il apparait. «Sympathique» est peut-être un peu fort, «intéressant» serait peut-être plus approprié. 
Toutefois, comme dans toute série, le récit évolue en faisant parfois de curieuses embardées. C’est peut-être dû au fait que plusieurs scripteurs se succèdent à la barre de l’écriture faisant évoluer les personnages dans un sens puis dans l’autre pour finalement aboutir complètement ailleurs que l’on pensait. Cet aspect serait intéressant à analyser plus en profondeur.    
En fin de compte, les 36 heures de visionnement valent bien les 36 heures que peut prendre la lecture d’un roman qui aurait cette amplitude. Sauf que regarder un écran n’implique pas le même travail intellectuel que la lecture. Car en plus du déchiffrement des mots et de la saisie des métaphores, la lecture implique un immense travail d’imagination pour reconstituer les scènes décrites dans le texte. Je n’ai jamais l’impression de perdre mon temps quand je lis alors que j’ai toujours cette crainte quand je regarde la télé. Ce qui n’est cependant pas le cas au cinéma. Étrange...