jeudi 24 janvier 2013

Un roman de Paul Auster : Seul dans le noir



Je sais, j’avais déjà beaucoup de lectures en cours et j’en ai rajouté. Pourtant je ne lis pas tant que ça. Cela dépend des jours. Parfois je ne lis que les informations sur les sites de quelques journaux (Le Devoir, La Presse, Le Monde, Rue 89), mais parfois aussi je me lance dans un livre et j’y passe la plus grande partie de la journée. Quand je ne travaille pas bien sûr. 

En lisant des trucs sur le forum d’Atramenta, le site où je mets en ligne des textes que j’écris, j’ai trouvé une référence à un roman japonais : La pierre et le sabre, de Eiji Yoshikawa. Cela a éveillé ma curiosité et je me suis rendu à la succursale de la bibliothèque municipale de mon quartier pour me le procurer. En me dirigeant vers la section des romans, j’ai frôlé une des tables où la bibliothèque expose des livres choisis selon des thématiques qui varient de semaine en semaine et mes yeux se sont arrêtés sur un roman exposé là : Seul dans le noir, de Paul Auster. Je l’ai feuilleté et je l’ai pris en plus du roman japonais. 



En revenant chez moi, j’ai aussitôt commencé à lire le livre de Auster


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August est un journaliste retraité de 72 ans qui est resté handicapé à la suite d’un accident d’automobile survenu peu de temps après la mort de sa femme. Sa fille unique, Miriam, âgée de 47 ans divorcée depuis 5 ans et toujours inconsolable, l’a invité à venir vivre chez elle au Vermont, le temps de sa convalescence. Quelques temps après, elle a aussi recueilli Katya, son unique enfant âgée de 23 ans, qui vient d’abandonner ses études en cinéma à la suite de l’assassinat en Irak de Titus, un jeune homme avec qui elle était en relation depuis plusieurs années. 

August souffre d’insomnie : «Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m’efforçant de venir à bout d’une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain». Pour ne pas penser à ce qu’il préfère oublier, il s’invente une histoire dans laquelle un homme se réveille dans un autre monde, un monde parallèle en se basant sur une théorie développée par Giordano Bruno, un philosophe italien du 16e siècle. Selon celui-ci, l’univers est infini et est peuplé d’une infinité de soleils identiques au nôtre entourés d’une multitudes de planètes qui peuvent abriter des êtres comme nous. Évidemment, il sera brûlé vif pour cette hérésie. La télésérie Les rescapés présentée à Radio-Canada s'inspire de ses théories et une partie de l'intrigue se déroule autour d'un manuscrit de Giordano Bruno. Dans son roman, Auster utilise lui aussi à sa façon les théories du philosophe italien. Il fait dire à un de ses personnages que "il n’y a pas qu’un seul monde. Il y en a plusieurs et ils existent tous parallèlement les uns aux autres, mondes et antimondes, mondes et mondes fantômes, et chacun d’entre eux est rêvé ou imaginé ou écrit par un habitant d’un autre monde. Chaque monde est la création d’un esprit" (p.75).     

C’est fou, hein ? C’est pour cela que j’ai abandonné ma lecture. Je connais un peu Paul Auster et bien que j’ai déjà apprécié quelques unes de ses oeuvres, je sais aussi qu’il peut parfois être un peu barbant avec ses histoires où on n’arrive pas à savoir qui est qui tellement il aime confondre le lecteur avec des jeux sur l’identité du narrateur, et je me suis plongé dans La pierre et le sabre


Couverture

L’intrigue de La pierre et le sabre se déroule au Japon à la même époque que le célèbre Shogun de James Clavell. Il paraît cependant qu’il respecte plus le contexte historique que le romancier américain. Paru dans les années 1930 sous la forme de feuilletons dans un grand quotidien, il a eu un énorme succès. J’ai beaucoup aimé les premiers chapitres, autant par intérêt pour le contexte socio-historique qu’il me faisait découvrir que pour ses péripéties dans lesquels deux jeunes garçons partis à la guerre se retrouvent blessés après une bataille que leur armée a perdue. Cette bataille a été marquante dans l'histoire du Japon, car elle marqua l'avènement du système Tokugawa qui gouverna le Japon pendant plus de deux siècles après avoir fermé les frontières pour empêcher les contacts avec l'Occident et après y avoir instauré une ère de paix au cours de laquelle les samouraïs se convertir en bureaucrates. Ne pouvant plus combattre ils développèrent une philosophie de maîtrise de soi et utilisèrent l'escrime comme un moyen pour former leur caractère. 

C'était très intéressant, mais j’ai décroché au bout de quelques chapitres de lecture lorsque le héros se met à accomplir des exploits dignes des films de Kung-fu et je suis retourné au roman de Auster. Je viens d’en terminer la lecture après y avoir la presque totalité de la journée.     

Bien que l’histoire que se raconte August, le personnage principal de Seul dans le noir, qui souffre d’insomnie ne tient pas debout, sa structure est quand même intéressante. Le personnage qu’il invente se retrouve dans un monde parallèle : les États-Unis y sont déchirés par une guerre civile entre des états qui ont déclaré leur indépendance et le gouvernement fédéral. Ce personnage, Brick, se voit ordonné d’aller assassiner un homme parce que c’est dans la tête de celui-ci que se déroule cette guerre. En le tuant, il y mettra fin. Évidemment, cet homme n’est nul autre qu’August. Donc, celui-ci s’invente une histoire dans laquelle il sera assassiné. Sauf que Brick n’a pas du tout envie de tuer quelqu’un et qu’il se défile sans arrêt. Finalement, il se fera tuer lui-même, ce qui mettra fin à l’histoire qu’August se raconte, car celui-ci a autre chose à faire que de se raconter des histoires : sa petite-fille, qui ne dort pas elle non plus, vient se coucher avec lui comme elle le faisait quand elle était petite, et elle lui demande de lui parler de sa grand-mère, de lui raconter comment il l’a connue et comment ils s’étaient séparés et retrouvés plusieurs années plus tard. En échange, August la questionne sur sa relation avec Titus, le fils d’un couple d’amis qui s’est enrôlé comme chauffeur de camion dans une compagnie privée qui fournit du personnel à l’armée d’occupation américaine en Irak où il sera exécuté après avoir été enlevé.  

L’histoire du monde parallèle qui occupe pourtant près du trois quart du livre n’est finalement qu’un prétexte un jeu auquel se livre Auster. Il a peut-être une signification sous-jacente, mais je ne l’ai pas saisie à une première lecture et je ne crois pas que je vais me lancer dans une deuxième lecture. Par contre, la lecture de ce roman m’a donné envie d’écrire ce que vous venez de lire.  

mardi 8 janvier 2013

Lectures d’hiver


De retour à une vie plus tranquille après les diverses perturbations que nous a apportées cette année la période des fêtes de Noël et du Jour de l’An. 

Je croyais avoir annoncé ici la fin de mon écriture du premier épisode de Hugues et les Vikings. Je viens de me rendre compte que je ne l’avais pas fait. Le 10 décembre j’ai publié un post intitulé L’introduction de Hugues et les Vikings, mais, contrairement à ce que je pensais, je n’avais pas annoncé que l’épisode au complet était disponible sur le site d’Atramenta. Je dois avoir fait cela un peu avant Noël, le 20 décembre peut-être. Je viens d’effectuer les corrections qui s’imposaient sur ce post qui n’était pas actualisé, car j’y disais que je poursuivais l’écriture du premier épisode et qu’une dizaine de pages étaient disponibles sur Atramenta. En réalité il s’agit de 46 pages.

Je n’ai rien écrit au cours des dernières semaines. Peu lu aussi. En ce lundi 7 janvier 2013 je me retrouve cependant quelque peu déboussolé. J’ai beaucoup travaillé sur Hugues et les Vikings au cours du mois de décembre et je ne ressens pas l’envie de continuer cette histoire parce que cela impliquerait que je fasse énormément de recherches historiques dans un domaine que je ne connais pas beaucoup et qui est peu développé en français : la société musulmane espagnole du IXe siècle. De plus, comme j’ai reçu des commentaires très positifs sur Maria !  ainsi que sur les pages de la Question du temps qui sont disponibles aussi sur Atramenta, cela me donne envie de replonger dans ce roman pour tenter, encore une fois, de l’achever. Il se pourrait aussi que je me laisse tenter par une nouvelle idée qui me trotte dans la tête depuis quelque temps. Je vais voir.  

Quoi qu’il en soit, j’ai aussi beaucoup de lectures en attente et c’est de cela que j’aimerais parler. 



1) Les frères Karamazov


Je traîne cette lecture depuis des mois. Passionné au début, je l’ai quand même délaissée, car trop d’autres lectures sont venues me tenter. Et puis, c’est un peu longuet. J’en suis à la page 700 sur les 953 que compte le volume et je ne sais pas quand j’aurai le temps et le goût de m’y remettre. 



2) Le rêve de Champlain


Couverture du livre
J’ai reçu ce livre en cadeau à Noël et j’ai aussitôt commencé à le lire. C’est très bon. Je ne suis pas un passionné d’Histoire du Canada, mais si on me propose une lecture renouvelée de cette histoire, je suis preneur, et c’est justement le propos de David Hackett Fisher, un historien américain. Je crois que l’historiographie américaine peut nous offrir un regard neuf sur notre histoire. La barrière de la langue nous a longtemps empêchés d’accéder à un point de vue extérieur sur notre histoire. La traduction que nous offre les éditions Boréal est salutaire, car nous avons été trop longtemps à la merci d’historiens ayant une interprétation complaisante de notre passé. C’était normal dans le contexte d’une société qui voulait s’affirmer, mais la mondialisation nous oblige maintenant à jeter un regard plus objectif sur nos origines si nous voulons nous prendre nous-mêmes au sérieux.

Les Indiens, la fourrure et les Blancs




J’avais déjà ressenti un émerveillement semblable il y une vingtaine d’années en lisant Les Indiens, la fourrure et les Blancs, de Bruce G. Trigger, un professeur d’anthropologie de l’université McGill. Étrangement, la page couverture de ce livre reproduit exactement le dessin qu'utilise David Fischer pour illustrer son introduction au personnage de Champlain dans le Rêve de Champlain.  









One Vast Winter Count: The Native American West before Lewis and Clark (History of the American West)






Dans la même veine, il y a un chapitre dans le livre de Colin G. Calloway : One vast winter count, the native american west before Lewis and Clark, qui joue le même rôle. Il s’intitule Calumet and Fleur-de-lys et décrit la relation particulière qui unissait les Français aux Indiens d’Amérique. Il y a aussi plusieurs autres chapitres hyper passionnants dans ce livre dont un sur l’histoire de la diffusion du cheval dans les plaines de l’ouest : The coming of the centaurs, et un autre qui raconte tout un pan de l’histoire que l’on ne connaît pour ainsi dire pas ici : l’emprise des Espagnols sur le nord du Mexique et sur le territoire de ce qui est aujourd’hui le Texas, le Nouveau-Mexique, l’Arizona, ainsi que toute l’histoire des guerres qu’ils ont dû mener contre les tribus indiennes qui occupaient ce territoire où ils ont aussi rencontré des coureurs des bois canadiens-français. 






J’ai découvert le livre de Calloway en lisant 1491 de Charles C. Mann. Il y disait que bien qu’il avait écrit un chapitre sur l’histoire des Indiens des plaines nord-américaines avant l’arrivée des occidentaux, il ne l’avait pas inclus dans son essai parce Calloway le faisait déjà très bien dans son Vast winter count. Cela m’avait amené à lire son introduction et son premier chapitre disponibles sur Amazon.com et, même si je ne suis pas parfaitement bilingue, je l’ai acheté, et je ne le regrette pas.    





Ce qui m’a aussi poussé à inscrire le Rêve de Champlain dans ma liste de cadeaux souhaités pour Noël, c’est que j’avais appris qu’on y parlait d’un voyage que Champlain aurait fait dans les possessions espagnoles en Amérique, dont Cartagena en Colombie. Je rêve toujours d’écrire une histoire comparée de la Nouvelle-France et de la Nouvelle-Grenade, la Colombie actuelle.       



3) L’enquête de Philippe Claudel

Un achat impulsif que j’ai fait la veille du Jour de l’An alors que j’attendais en file dans une librairie pour payer des cadeaux que je voulais offrir à mes petits-enfants. Je n’en ai lu que quelques pages. Le temps m’a manqué pour aller plus loin.













4) Haine froide, À quoi pense la droite américaine ? de Nicole Morgan. 


Haine froide : à quoi pense la droite américaine ? - NICOLE MORGAN


Un essai que m’a conjointe s’est acheté et qui m’apparaît fort pertinent en ce temps où l’on parle de contrôle des armes à feu et de mur budgétaire dans un débat où nous avons du mal à comprendre comment des gens supposément intelligents peuvent défendre des idées aussi idiotes que le créationnisme ou la liberté totale pour les entreprises. D’après ce que j’ai lu dans son introduction, l’auteure concentre beaucoup son analyse sur l’idéologue Ayn Rand dont la philosophie haineuse nourrit la droite américaine.


5) Lectures sur le site Atramenta

Voulant recevoir plus de commentaires et avoir plus d'interactions avec d'autres auteurs sur ce site, je me dois d'y être plus présent et d'y lire et commenter des oeuvres qui y sont publiées. Comme dans toute chose, cela fonctionne beaucoup donnant-donnant. Si tu veux que je commente tes textes, commente les miens. C'est correct, mais cela demande un important investissement de temps.

Bien qu'on y trouve beaucoup de poésie, un domaine qui ne m'a jamais attiré, il y a aussi beaucoup de nouvelles, romans courts et romans longs. C'est difficile d'identifier ce qui vaut la peine ou non d'être lu, mais à force d'y fureter j'ai identifié plusieurs auteurs intéressants, très intéressants mêmes. 


6) Lost 

En plus de tout cela, je continue le visionnement de la télésérie Lost. Je l'inclus dans ma liste de lectures, car bien que ce soit télévisuel, c'est aussi un fascinant exercice de narration, qui est avant tout un travail d'écriture. 
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Il y a aussi Mad Men, la série préférée de ma conjointe, que j'accompagne dans ses visionnements alors que elle, par contre, ne veut pas regarder Lost qu'elle juge trop violent. 

lundi 10 décembre 2012

L'introduction de "Hugues et les Vikings"


Il y a environ un mois, je me suis lancé un défi : écrire une histoire au «il» au lieu du «je» avec lequel j’ai tendance à presque toujours écrire. Cela a donné un texte qui, semaine après semaine, a pris de plus en plus d’ampleur et qui est loin d’être terminé. Cependant, un premier épisode est complété et je vous en présente ici l'introduction. 


Hugues et les Vikings




Tout a commencé un jour de fin d’hiver dans un pays qu’on appelait autrefois la Neustrie. Charlemagne (742-814) était mort depuis quelques décennies et l’empire qu’il avait édifié tout au long de sa vie était déjà en train de se disloquer.

Ce matin-là, Hugues et son cousin Walde se levèrent plus tôt que d’habitude, car ils voulaient aller pêcher au lac de la Tortue. Ce lac était situé à plus de trois heures de marche de là où ils vivaient, au lieu-dit de la Rochemouillée, un hameau composé de tout au plus sept masures regroupées près de la rivière autour des fondations en pierres d’une construction inachevée destinée à recevoir la meule d’un moulin. Un peu plus loin, en aval, le cours d’eau frôlait une butte dont une partie s’était effondrée formant ainsi un éperon rocheux au-dessus de la rivière. Les bâtiments de la ferme de Raoul, le maître du domaine de Villechier, dont dépendaient les habitants de la Rochemouillée, se trouvaient tout à côté sur le versant de la butte qui était à l’opposé de la rivière.. 

Cette rivière était connue pour être poissonneuse, mais il était absolument interdit pour les habitants du hameau d’y pêcher, car elle était sous la juridiction du comte Odaric, qui réservait ce privilège aux gens de sa maison. Le seigneur du domaine de Villechier et les paysans de la Rochemouillée n’y avaient pas droit, car Raoul avait reçu son fief directement des mains de Louis le Pieux, l’héritier de Charlemagne, ce qui le dispensait du traditionnel serment de vassalité envers le comte, mais le maintenait dans un statut d’étranger vis-à-vis de l’aristocratie locale. 

C’était là une situation exceptionnelle dans une région dont la presque totalité des seigneurs locaux étaient depuis longtemps assujettis à la famille du comte. Le roi Louis avait banni l’ancien bénéficiaire du fief de Villechier pour sa lâcheté au cours de l’une des nombreuses batailles de la guerre civile qui marqua son règne et il s’était alors accordé le droit de remettre ce fief à Raoul, un cavalier sans terre, pour la bravoure dont il avait fait preuve lors de ce même combat. C’était une occasion pour le roi d’implanter un de ses fidèles combattants dans un comté où son autorité s’effilochait de plus en plus, mais cela mettait Raoul dans une position des plus délicates. Le comte avait été profondément choqué de cette ingérence dans ses possessions et ne se cachait pas pour manifester une vive hostilité envers ce chevalier sorti de nulle part. Bien que ce dernier bénéficiait du prestige de la protection royale, celle-ci perdit beaucoup de sa puissance après la mort du roi et l’immense confusion politique qui a suivi le partage de son héritage entre ses trois fils. 

Malgré le risque de se faire prendre, car les gens du comte étaient nombreux et ils veillaient scrupuleusement au respect de leur privilège, certains pères de famille de la Rochemouillée se risquaient parfois à y tendre des filets, la nuit, quand la famine les y poussait. C’était cependant risqué, car l’amende était beaucoup trop élevée pour ces simples paysans. Elle pouvait alors être remplacée par un asservissement du coupable au profit du plaignant, en l’occurrence le comte, qui faisait aussi office de juge! Toutefois, ce printemps là, même si la faim se faisait cruellement sentir dans le hameau, personne ne s’était aventuré à chercher à améliorer sa pitance quotidienne en allant braconner dans la rivière, car, à part Karl, le grand-père presque moribond de Hugues, et Rumi, le boiteux, il n’y avait pas un seul homme de plus de douze ans à la Rochemouillée. L’automne précédent, ils avaient tous été réquisitionnés par le prévôt du comté pour aller travailler à la construction des fortifications qu’Odaric était en train d’ériger là-haut, aux sources de la rivière, à l’entrée du col des Pendus par où les troupes royales devraient nécessairement passer si elles venaient pour le soumettre, si jamais les grands du royaume finissaient un jour par s’entendre pour élire un roi. . 

Astreindre ces paysans à une si longue corvée loin de leurs terres et de leur famille était une grande injustice. Ils payaient pour leur maître, le chevalier de Villechier, retenu prisonnier dans un cachot du palais du compte pour avoir refusé de lui prêter un serment de fidélité et sous l’accusation d’avoir comploté contre le roi en recevant chez lui un émissaire du duc d’Aquitaine. Il était clair cependant que cette accusation en provenance d’un si douteux partisan du roi ne pouvait être que fallacieuse puisque l’émissaire en question n’était autre que le frère de Raoul, Bertrad, un clerc de second ordre, mais rattaché, il est vrai, à une célèbre abbaye qui avait toujours eu la réputation d’être fidèle au duché d’Aquitaine, de tout temps reconnu pour être un des plus farouches adversaires de la dynastie carolingienne. De plus, il était flagrant que ce qui avait soudainement poussé le comte, après plusieurs années d’une prudente réserve, à soudainement exiger ce serment auquel le chevalier pouvait se soumettre de bon gré, mais auquel il ne pouvait en aucun cas être obligé du fait de son privilège royal, avait sa source dans un incident qui avait eu lieu l’été précédent et qui impliquait Lisbeth, sa femme. 

À suivre... 

Le premier épisode au complet est disponible sur le site Atramenta. Vous pouvez y accéder en cliquant ici. Les textes peuvent y être lus en ligne ou téléchargés gratuitement sur PDF ou sur e-book.


jeudi 22 novembre 2012

Quand l’écriture d’une petite histoire de fiction entraîne une recherche historique



Depuis quelques semaines, depuis la dernière fois où j’ai publié quelque chose ici, sur Cantique des plaines, je travaille sur une histoire qui se passe au Haut Moyen-âge pendant les invasions vikings. Le Haut Moyen-âge est la période qui va de la déposition du dernier empereur romain en 476 jusqu’à environ l’an 1000. Charlemagne est couronné empereur en 800 et c’est à partir de la fin de son règne que les scandinaves (vikings) vont faire des excursions de pillage dans toute l’Europe Occidentale, se rendant même jusqu’en Méditerranéen. 

À partir d’une discussion à laquelle j’ai participé sur le forum du site Atramenta sur l’utilisation du narrateur au «je» versus le narrateur à la troisième personne du singulier «il», j’ai eu envie (moi qui instinctivement a tendance à presque toujours écrire au «je») de faire l’expérience d’écrire une histoire au «il». 

C’est comme cela que mes deux personnages ont surgi dans mon esprit : Hugo et Aldo, deux jeunes garçons d’environ 10 ans qui s’en vont pêcher dans un lac éloigné de leur village dans l'espoir de ramener suffisamment de poissons pour nourrir leur famille. En effet, il y avait souvent des périodes de famines à cette époque, presque à tous les 5 ou 6 ans. À leur retour, ils découvrent que leur village est en train de se faire piller par une bande de vikings. Les deux enfants seront capturés par ces normands qui vont les amener avec eux jusqu’en Espagne pour aller les vendre comme esclaves. À partir de là une foule d’autres aventures seraient possibles, au Maroc, en Méditerranéen, au Açores et même peut-être jusqu’en Amérique ! 

Bien sûr, il s’agirait d’une fiction. J’avais 6 ou 7 pages d’écrit quand j’ai commencé à me poser beaucoup de questions sur le contexte historique dans lequel se situait mon histoire. Je me suis rendu à la bibliothèque municipale de mon quartier et j’y ai trouvé un livre sur les vikings. Cela a rafraichi mes connaissances sur cette partie de l’histoire, mais cela a aussi soulevé un lot d’autres questions sur l’organisation sociale et économique de l’époque. C’est ce qui m’a amené à me rendre à Bibliothèque Nationale du Québec où j’ai emprunté 7 livres qui, je l'espérais, allaient pouvoir m'aider à mieux cerner le milieu dans lequel vivaient les personnages de mon histoire :  

  • Féodalité, de Georges Duby.
  • Guerriers et paysans (VIIe - XIIe siècles), de Georges Duby.
  • La société médiévale en Occident, de Bruno Dumézil.
  • Ces gens du Moyen-Âge, de Robert Fossier.
  • Le travail au Moyen-Âge, de Robert Fossier.
  • Histoire sociale de l’occident médiéval, de Robert Fossier.
  • L’Europe dans sa première croissance, de Charlemagne à l’an mil, de Pierre Toubert.

J’ai feuilleté, parcouru, lu plusieurs chapitres de ces livres, puis, en ayant en tête des thèmes de recherches plus précis j’ai fait une recherche sur internet où j’ai trouvé deux livres, en partie disponibles en ligne sur Google Books (Vous pouvez cliquer sur l'icône pour être directement dirigés dans les pages du livre :  

  • Voyageurs et marchandises aux temps carolingiens : les réseaux de communication entre Loire et Meuse aux VIIIe et IXe siècles, de Olivier Bruand. 
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  • Famille et pouvoir dans le monde franc (VIIe - Xe siècle) : Essai d’anthropologie sociale, de Régine Le Jan. 
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Ces lectures m’ont un peu éloigné de mon sujet initial : l’histoire de deux garçons qui se faisaient enlever en revenant de la pêche, mais j’y retourne maintenant en espérant avoir assez de matériel pour construire une histoire plausible. 

Note de lecture qui est centrale dans ce que je veux écrire : Georges Duby dans la première partie de son livre : Économie rurale et la vie des campagnes dans la l'occident médiévial souligne fortement la persistance de la vie pastorale, de la cueillette, de la pêche, concurrençant les labours que, d'ailleurs, les techniques misérables vouent à la médiocrité ; il apporte ainsi un élément neuf à la compréhension de la société carolingienne : celui du problème alimentaire, et de ses répercussions, fondamental en ces temps de disette chronique. 




jeudi 1 novembre 2012

"Cantique des plaines" de Nancy Huston


Je pense souvent à Cantique des plaines.


Cantique des plainesIl s'agit d'un roman que Nancy Huston a publié en 1993. C'est l’oeuvre que j’ai analysée dans mon mémoire de maîtrise déposé en 2008 à l’Université du Québec à Montréal.

Disons pour commencer que mon but ici n’est pas d’attirer l’attention sur ce travail que j’ai intitulé : Temps et récit dans Cantique des plaines et dont je connais trop bien les faiblesses, mais plutôt de déplorer de ne pas avoir réussi à mieux mettre en valeur les trouvailles que j’y ai faites. 

Il demeure en effet évident pour moi que Cantique des plaines est une oeuvre d’une grande intelligence et que je suis loin d’être le seul à m’en être aperçu, car une foule d’analyses critiques ont été publiées sur lui au cours des années qui se sont écoulées depuis sa parution, soulignant ses nombreuses qualités. Cependant, même si plusieurs d’entre elles font ressortir l’importance de la thématique du temps dans le roman de Huston et signalent les nombreuses références aux Confessions de Saint-Augustin que l’on y trouve, aucune d’entre elles ne fait mention des liens qui l’unissent à Temps et récit, un essai du philosophe français Paul Ricoeur. À ma connaissance, je suis le seul à l’avoir fait. C’est dommage, car selon moi le rapport entre ces deux oeuvres est absolument essentiel si l’on veut bien comprendre le roman de Huston et surtout y découvrir tout ce que peut vouloir signifier son titre qui est loin de se limiter à présenter une histoire qui se passe dans l'Ouest canadien, comme d'ailleurs sa page couverture semble vouloir l'indiquer. 

L’année qui a suivie le dépôt de mon mémoire, j’ai écrit un article sur cette question dans le but de le faire publier par une revue littéraire. Malheureusement, celle-ci l’a refusé. C’est à cette injustice que j’aimerais tenter de remédier en publiant cet article sur un site de publication en ligne, le site Atramenta sur lequel j’ai déjà publié deux de mes écrits.

Ceux qui veulent en savoir plus peuvent donc cliquer sur ce lien pour lire mon article.   

vendredi 26 octobre 2012

Réécrire ou ne pas réécrire ?


Récemment, un incident m’a fait repenser à un petit roman que j’ai écrit il y a dix ans. 

En effet, de 2000 à 2002, j’ai enfin réalisé le rêve, que j’avais depuis que j’étais venu vivre à Montréal, en 1987, de suivre les cours du certificat en création littéraire de l’Université du Québec à Montréal. 

Comme j’avais obtenu mon diplôme d'études collégiales (DEC) en sciences humaines en 1972, après avoir abandonné à 2 reprises ma dernière session, j’ai été automatiquement admis au certificat (celui-ci n’étant pas contingenté), lorsque j'ai fait ma demande d'admission en 88 ou 89, je ne sais plus trop exactement. Par contre, je me suis heurté à un problème de taille lorsque j’ai voulu m’inscrire à des cours : tous les cours se donnaient le soir et je travaillais le soir. 

Cela m’avait énormément frustré. Dans les années suivantes, j’ai pris toutes de sortes de cours qui se donnaient l’avant-midi ou en début d'après-midi : des cours d’anglais au Cegep Dawson ; des cours par correspondance afin de compléter le cours de mathématiques du secondaire 5 que je n’avais j’avais fait ; des cours en gestion de l’imprimerie au Cegep Ahuntsic, de 1990 à 1993 ; des cours d’Histoire (à l’Université de Montréal : un cours d’Histoire des États-Unis un automne et un autre sur l’Histoire de la Nouvelle-France au cours de l’hiver suivant, mais comme je manquais terriblement de sommeil à cette époque, assister à ces cours magistraux était très pénible et j’ai laissé tomber) ; et, finalement, des cours de yoga à partir de 1998. Cours que j’ai suivi une fois par semaine pendant 4 ans jusqu’à ce que je démissionne de mon emploi à temps plein en 2002, pour m’inscrire à temps plein au programme du Bac en Études Littéraires de l’Uqam après avoir terminé le certificat en création. Donc, j’ai suivi les dix cours de ce certificat et le dernier consistait à écrire un mini roman d’une soixantaine de pages que j’ai intitulé : Maria!... 

Ce fut une expérience très difficile. Tous mes rêves de devenir un écrivain se sont effondrés. C’était la première fois que j’écrivais quelque chose d’une telle ampleur, car dans les ateliers d’écriture auxquels j’ai participé pendant ces études, nous n’avions que des textes de dix pages à écrire. 

J’ai trouvé mon roman complètement cucu avec son histoire d’amour d’adolescent et son intrigue peu excitante. Par contre, j’étais, et je le reste, très fier de la description du milieu et des conditions de travail dans une reliure industrielle que l’on y trouve.

Je l’ai relu la semaine dernière et je n’ai pas trouvé cela si mauvais. Cela se tient. Par contre, j’y ai rencontré beaucoup de fautes, surtout au niveau de l’accord des participes passés. À l’époque je n’avais pas encore suivi les cours de grammaire que j’ai pris par la suite. J’ai corrigé ces fautes, du moins celles qui m’ont sauté aux yeux, et j’ai, je crois, amélioré certaines expressions orales québécoises que l’on trouve dans les dialogues afin de les rendre plus compréhensibles. 

Par contre, j’ai hésité à entreprendre un gros travail de correction en ce qui concerne ce  que je considère comme un gros problème de voix narrative. La première partie du roman est racontée au «je». À un moment donné cependant, un personnage interpelle le narrateur et lui dit d’améliorer son histoire afin de la rendre plus excitante. La voix narrative passe alors à la troisième personne du singulier pour quelques chapitres, mais revient ensuite au «je». C’est comme si le naturel reprenait inconsciemment le dessus. Pour moi, la fiction est surtout due à un travail onirique et ce rêve éveillé se déroule évidemment au «je».

Dois-je réécrire ces chapitres ?

Mon désir de rendre public ce texte exigerait que je le corrige. Est-ce la paresse de le faire ou est-ce que l’idée de ne pas le faire aurait une motivation valable ? Qu’est-ce que vous en pensez ? 

Mon idée de ne pas le faire s’appuie sur le fait que le retour inconscient de la voix narrative au «je» répond aux besoins du jeu narratif et contribue à un enjeu qui est sous-jacent à l’intrigue principale : l’écriture elle-même. Mais peut-être que cela n’est que de la foutaise. En effet, je suis paresseux de nature. Et puis, ce n’est pas bien grave, il ne s’agit que d’un roman de jeunesse, même si j’avais 50 ans quand je l’ai écrit, et c’est normal d’y trouver des erreurs. Le problème, c’est que je me retrouve avec les mêmes problèmes de voix narratives dans le roman que j’ai entrepris d’écrire par la suite et qui, des années plus tard, est toujours en panne. 

Réécrire ou ne pas réécrire ? 

Je dirais plutôt : Écrire ou ne pas écrire, être ou ne pas être... 

Il est possible de lire Maria !... sur le lien suivant :  ici sur le site Atramenta de publications en ligne. 

Post Scriptum deux semaines plus tard : 

Je viens de faire l'expérience de tenter de changer au "il" la partie de Maria ! où j'étais revenu au "je" sans m'en rendre compte. Au bout d’un paragraphe, j’ai cependant décidé de laisser tomber l’idée parce que ça implique beaucoup trop de changements et j’ai même l’impression que ça l’appauvrit énormément, car je dois laisser tomber tous les dialogues intérieurs qu'en toute logique un narrateur extérieur ne pourrait pas raconter. Je me trompe peut-être, mais j'aime la façon dont cette histoire est racontée et je n'ai pas envie de la massacrer. 





lundi 17 septembre 2012

Heureux sans Dieu




Quel beau titre ! je me suis dit en l’apercevant alors que je faisais une recherche sur internet pour savoir qui était ce Daniel Baril dont je venais de lire un texte dans le journal. 

Heureux sans Dieu

Heureux sans Dieu est un ouvrage collectif dirigé par Normand Baillargeon et Daniel Baril dans lequel 14 personnalités québécoises racontent comment elles sont devenues athées ou, du moins, agnostiques. On y trouve : 

  • Le credo d’une incroyante de Louise Gendron, ex-journaliste à l’Actualité, maintenant à la revue Châtelaine.  
  • De jésuite à athée de Yves Lever, Professeur de cinéma à la retraite au Cegep.
  • Ce que je crois de Cyrille Barrette, professeur de biologie à la retraite à l’Université Laval.  
  • Credo de Arlette Cousture, écrivaine. 
  • Le pari de la raison de Yves Gingras, professeur d’histoire à l’Université du Québec à Montréal.
  • Cette hypothèse dont je n’ai pas besoin de Yanick Villedieu, journaliste scientifique à Radio-Canada.
  • J’ai raison de Ghislain Taschereau, humoriste.
  • Confidences d’un mécréant humaniste de Normand Baillargeon, professeur de philosophie de l’éducation à l’Université du Québec à Montréal.
  • Ma libération de l’emprise de la religion de Louisette Dussault, comédienne.
  • Si Dieu existait, ça se saurait de Daniel Baril, journaliste et rédacteur en chef de la revue Citée Laïque, ex-président du Mouvement laïque québécois.
  • Dieu est incroyable de Martin Petit, humoriste.
  • Crois ou crève ! de Isabelle Maréchal, journaliste et animatrice à la radio et à la télévision.
  • Croire est renoncer à connaître de Louis Gill, professeur d’économie à l’Université du Québec à Montréal.
  • Mythanalyse de Dieu de Hervé Fischer, philosophe.   

Ce livre est présenté comme une «sortie du placard» pour les personnes qui ont osé y publier leur témoignage. La «sortie du placard» est une expression généralement utilisée lorsqu’un homosexuel décide de s’afficher publiquement comme tel, au lieu de vivre sa différence dans la clandestinité. Comme pour l’homosexualité, il y a autour de l’athéisme une désapprobation sociale que certains tentent d’éviter en gardant leurs idées pour eux.   

Cependant, la lecture des différents cheminements qui composent le recueil ne m’a pas beaucoup impressionné et je me suis demandé pourquoi. La réponse la plus plausible qui m’est venue à l’esprit est que peut-être que je trouve, maintenant, tellement normal d’être athée que je ne m’extasie plus devant des témoignages qui, au fond, racontent à peu près la même chose que ce que moi j’ai vécu. Cela est vrai pour les textes dont les auteurs font partie de ma génération et qui ont connu l’époque de la domination de l’Église catholique. Par ailleurs, je crois que des témoignages de personnes plus jeunes qui n’auraient pas reçu la même éducation religieuse, comme mes fils par exemple, m’apparaitraient beaucoup plus intéressants. Ainsi, les témoignages d’Isabelle Maréchal, Ghislain Taschereau et Martin Petit ressortent dans ce recueil, d’une part, par leur contenu et, d’autre part, par leur longueur qui contraste avec les autres témoignages par leur brièveté, comme si cela voulait dire que ça ne vaut pas la peine d’en parler autant. 

Finalement, le plus grand plaisir que m’a donné ce livre, c’est la possibilité que j’ai eu d’y découvrir des références à d’autres livres qui traitent du même sujet et que je me  propose de lire prochainement : 

  • Pour en finir avec Dieu de Richard Dawkins
  • Dieu, l’hypothèse erronée, comment la science prouve que Dieu n’existe pas, de Victor Stenger
  • Et Dieu dit : «Que Darwin soit!» de Stephen Jay Gould
  • Dieu n’est pas grand de Christopher Hitchens 
  • Traité d’athéologie de Michel Onfray
  • L’esprit de l’athéisme de André Comte-Sponville
Le premier de ces livres à me tomber sous la main est celui de Stephen Gould : Que Darwin soit !. Bien qu'il s'intéresse surtout au débat entre les créationistes et les évolutionistes aux États-Unis, il contient une foule d'informations sur Darwin et m'a donné le goût sur cet homme et son oeuvre.   

jeudi 13 septembre 2012

Chercher les forces neuves, participation aux Impromptus littéraires


Cette semaine, la consigne d'écriture sur le site les Impromptus littéraires se libellait ainsi : 

nous vous proposons d'écrire un texte (à votre choix en vers ou en prose) en vous inspirant de cet extrait de poème de Guillaume Apollinaire (Calligrammes) :

"Et de planètes en planètes
De nébuleuses en nébuleuses
Le Don Juan des milles et trois comètes
Même sans bouger de la Terre
Cherche les forces neuves"


Voici mon texte : 


"Et de planètes en planètes, de nébuleuses en nébuleuses, le Don Juan des milles et trois comètes, même sans bouger de la Terre, cherche les forces neuves" qui lui permettront de se lever pour aller s’occuper de la petite avant qu’elle ne réveille sa mère à force de trop pleurer pour avoir sa bouteille. Dur, dur le métier de père, surtout à cinq heures du matin, alors qu’il s’était endormi presque à deux heures après avoir fait l’amour et jasé longtemps ensuite pour essayer de rassurer sa femme au sujet d’une voisine un peu trop aguichante aux yeux de la nouvelle maman encore une fois inquiète d'avoir perdu son pouvoir de séduction sur son homme.

La petite fille se tut à partir du moment où il l’a prise dans ses bras. Délicatement, il descendit au rez-de-chaussé après avoir fermé la porte de la chambre où son épouse dormait d’un profond sommeil. En chemin, il se rendit compte à l’odeur que la couche était pleine. Il voulut la changer sur la table avant de préparer le biberon, mais la petite ne l’entendit pas ainsi et se remit à crier. Il lui donna un jouet en plastique qui trainait à côté et elle se mit la tête de la tortue dans la bouche pour la téter bruyamment. Cela lui donna le temps de sortir le lait, remplir la bouteille et la mettre dans le micro-onde tout en surveillant sa fille qui était couchée au milieu de la table. Il n’y avait plus de tétines propres dans l’armoire et il dut en rincer une de la veille. Dans la fenêtre au dessus du lavabo, la lune brillait encore, mais les étoiles commençaient à s’estomper dans la lueur de l’aube. La porte de la maison d’en face s’ouvrit et il vit un homme en sortir. Louise, la voisine, se tenait dans la porte et il distingua clairement sa nudité dans l’entrebâillement de sa robe de chambre quand elle tendit les bras pour prendre la main de l’homme et se la mettre entre les cuisses, là où son sexe devait être encore tout chaud et mouillé. De son autre main, l’homme s’empara de l’un des seins et le caressa. Ils s’embrassèrent, puis l’amant la laissa pour aller rejoindre son auto stationnée un peu plus loin dans la rue. Elle le regarda s’éloigner et allait refermer la porte quand soudain son regard se porta vers la fenêtre faiblement éclairée où son voisin l’observait. Bien que surprise, elle n'eut pas l'air de se sentir gênée car elle lui sourit. 

Au même moment, la tortue de plastique tomba sur la table et la petite se mit immédiatement à crier, le ramenant à son devoir. Il se précipita pour la consoler, la bouteille à la main. L’enfant s’en empara goulument et il n’eut qu’à l’aider à la tenir en équilibre au dessus d’elle, ses petites mains ne réussissant pas à le faire. Il la regarda boire et, en dedans de lui, il se sentit rempli d’une nouvelle force. Il restait la couche à changer, mais ce n’était rien. Il était certain que sa fille allait se rendormir et qu’il aura le temps ensuite de se glisser auprès de sa femme pour se fondre encore en elle avant qu’il ne soit l’heure de se lever pour aller travailler. 


mardi 4 septembre 2012

La correction, participation aux Impromptus littéraires


Voici ce que j'ai écrit pour participer au thème de la semaine sur le site des Impromptus littéraires. Il s'agissait d'écrire un texte selon directive suivante : 
Le mot correction a pris des sens très différents.
Dites-nous, en vers ou en prose, ce qu’il évoque pour vous.



La correction

La leçon fut donnée par l’équipe de soir tout de suite après le départ des patrons, vers 17 heures. Nous étions en négociations pour le renouvellement de la convention collective et, en guise de moyen de pression, le mot d’ordre avait été lancer de refuser de faire du temps supplémentaire. 

Dès 15 heures, la rumeur s’était répandue que l’un des pressiers de l’équipe de jour continuait de travailler. Alerté, le délégué syndical se rendit auprès de celui-ci pour lui rappeler, presque en s’excusant car c’était un homme qu’il respectait énormément, qu’il ne devrait pas être là. L’autre lui répondit qu’il devait terminer ce travail, car il était promis pour le lendemain et qu’il n’y avait personne d’autre qui pouvait le faire. Peu importe, lui a répondu le délégué, il faut que tu obéisses au mot d’ordre sinon tu risques d’avoir des ennuis. Mais l’homme avait la tête dure et il n’arrêta pas sa machine. 

Dans l’atelier, l’agitation était à son comble. Les ouvriers allaient d’un poste de travail à l’autre pour discuter de ce qu’il fallait faire. Puis, d’un commun accord, tous arrêtèrent leur machine pour se diriger, avec plus ou moins de détermination selon chacun, vers l’unique presse encore en opération. Le délégué fut le dernier à se joindre à eux. Il les suivit en se traînant les pieds. En silence, ils entourèrent le travailleur récalcitrant qui, par réflexe devant l’éminence d’un problème, tendit la main vers le tableau de contrôle pour interrompre l’approvisionnement en papier de la presse et stopper ensuite son moteur. Personne n’osait prendre la parole le premier et, finalement, tous se tournèrent vers le délégué qui se tenait un peu en retrait. Mal à l’aise, celui-ci s’avança devant le pressier et, après s’être raclé la gorge, il lui dit qu’il devait s’en aller sur le champ. L’autre protesta. Un coup de poing en provenance de l’un des plus véhéments partisans de la manière forte s’abattit sur sa mâchoire. Le délégué s’interposa immédiatement, prit la victime par les épaules et le poussa rapidement vers la porte de sortie.      

La correction vint deux ans plus tard. Entre temps, l’entreprise avait fermé ses portes, laissant sur le pavé une centaine de travailleurs qui s’étaient tous lancés en même temps dans une course à l’emploi rendue encore difficile par le contexte économique. Un jour, l’ex-délégué syndical vit une annonce dans le journal offrant un poste dans son domaine de travail. Il se rendit sur place, rencontra le directeur des ressources humaines avec qui il eut une très prometteuse conversation et ils effectuèrent ensuite ensemble une visite de l’usine. En chemin, ils croisèrent un homme que le directeur lui présenta comme étant son nouveau contremaître. Cependant, contrairement au bon usage, celui-ci ne s’avança pas pour lui serrer la main, mais pris plutôt le directeur par le bras pour l’amener à l’écart et s’entretenir avec lui à voix basse tout en jetant un regard noir vers l’ex-délégué. C’était l’homme qui avait reçu le coup de poing. 

Affichant un sourire des plus aimables qui contrastait avec la froideur de son regard, le directeur revint vers le demandeur d’emploi pour lui expliquer qu’il devait interrompre la visite qu’ils étaient en train de faire, car un grave problème requerrait son attention immédiate. Tout en l’entraînant vers la porte de sortie, il l’avisa qu’il présenterait sa candidature au bureau de la direction et qu’on l’appellerait dans les semaines suivantes si elle était retenue.