mardi 19 mars 2013

Tout le monde connaît Cortés et Pizarro, mais qui connaît Jimenez de Quesada ?


Dire que tout monde connaît Hernan Cortés et Francisco Pizarro est peut-être une exagération, mais je me plais quand même à croire que la majorité des personnes qui ont une connaissance minimale de l’histoire de l’humanité sont capables reconnaître le nom du conquérant des Aztèques au Mexique et celui du conquérant des Incas au Pérou. Ces deux personnages n’ont peut-être pas la notoriété d’un Christophe Colomb, mais ils ne doivent pas être très loin derrière lui. Mais qu’en est-il de Rodrigo Jimenez de Quesada, le chef de l’expédition espagnole qui s’empara du territoire habité par les Muiscas en Colombie, une civilisation qui avait atteint un degré de développement presque aussi avancé que celui des Aztèques et des Incas ? 

Cette carte (1) montre le territoire occupé par les Muiscas sur les hauts plateaux situés en amont du fleuve Magdalena, là où les Espagnols ont fondé la ville de Santa Fe qui va plus tard devenir Bogota, la capitale de l’actuelle Colombie. (Cliquez sur la carte pour la grossir)





Habiles agriculteurs, commerçants, tisserands et orfèvres, les Muiscas n’étaient pas un peuple guerrier et n’offrirent aucune résistance devant l’envahisseur. Pas un seul  Espagnol n’est mort au combat pendant la conquête de leur territoire, de sorte qu’aucun récit d’héroïques faits d’armes n’en est ressorti même si seulement environ 170 des 600 hommes qui composaient l’expédition à son départ de Santa Marta, en avril 1536, étaient encore vivants lorsqu’ils sont arrivés au pays des Muiscas en mars 1537. Les autres étaient morts de faim, d’épuisement, de maladies, de noyades, dévorés par les caïmans ou tués lors de sporadiques combats contre les peuplades qui habitaient les rives du fleuve Magdalena. Le plus grand mérite de Jimenez de Quesada en tant que chef de cette expédition a probablement été de ne pas avoir été assassiné par ses propres hommes au cours du calvaire qu’ils ont dû endurer lors de ce parcours de 1000 kilomètres qu’ils ont entrepris afin de trouver un chemin vers le Pérou, car tel était leur objectif : rejoindre ce pays récemment conquis par Francisco Pizarro. Ils voulaient eux aussi s’enrichir. Heureusement pour eux, ils ne s’y rendirent pas, car ils n’auraient sans doute pas survécus aux périls qui les attendaient plus en amont. Stoppés dans leur marche par une crue des eaux, ils ont bifurqué de leur itinéraire qui suivait le fleuve pour emprunter des sentiers qui les ont amenés à gravir la Cordillère Orientale où ils ont découvert, à 2,700 mètres d’altitude, un plateau de 30,000 kilomètres carrés de fertiles terres densément peuplées par les Muiscas. Ils vont y récolter le second plus riche butin de toutes les conquêtes faites par les Espagnols en Amérique, après celui du Pérou. Beaucoup plus que ce que la majorité des soldats de Cortés reçurent après la conquête du Mexique. Désireux de bien assurer leur mainmise sur ce territoire, qu’ils appelèrent Nouvelle-Grenade, les membres de l’expédition l’exploreront pendant deux ans sans jamais tenter de donner des signes de vie à leur base de départ.  

En prenant assez tardivement connaissance de cette histoire, je me suis demandé comment il se faisait que je n’en avais jamais entendu parler auparavant et pourquoi le nom de Jimenez de Quesada m’était absolument inconnu.

Ainsi, ce premier matin à Bogota, le 29 janvier 2013, alors que je m’apprêtais à partir seul visiter le quartier de la Candelaria, le quartier historique de la ville, je n’ai pu dire le nom de Jimenez de Quesada au complet lorsqu’on m’a demandé si je savais par coeur l’adresse de l’hôtel où nous logions. Tout ce que je me rappelais c’était que nous étions au coin de la Carrera 5 et de l’Avenida Quesada. Mais ce n’était pas suffisant, paraît-il, parce que les gens ne me comprendraient pas si je ne disais que Quesada, car, usuellement, les gens l’appellent plutôt l’Avenida Jimenez. J’ai dû avouer que je ne me rappelais pas ce qui venait avant ce Quesada, un nom que j’avais pourtant rencontré à quelques reprises au cours des lectures que j’avais récemment faites pour connaître un peu plus l’histoire de ce pays avant de le visiter.

En constatant mon ignorance presque absolue d’un personnage aussi important dans l’histoire de la conquête des Amériques, je me suis mis à penser que si moi, une personne qui a toujours eu un grand intérêt pour l’Histoire, je ne le connaissais pas, que pouvait-il en être des autres québécois ?  

Ma première démarche pour essayer de répondre à cette question a été d’aller vérifier si je pouvais trouver un livre sur lui dans le réseau des bibliothèques publiques de la ville de Montréal. Je n’y ai rien trouvé. Absolument rien ! Rien non plus chez Renaud-Bray.

À la bibliothèque nationale du Québec, un seul titre est sorti quand j’ai inscrit «Jimenez de Quesada» dans l’outil de recherche de son catalogue : Le chevalier de l’Eldorado de German Arciniega, la traduction française d’un livre publié pour la première fois en Colombie en 1939. Il ne doit pas être très en demande, car j’ai dû attendre une semaine après l’avoir demandé, car ils ont dû le faire venir d’une réserve située à l’extérieur de la bibliothèque. De plus, ce n’est pas à proprement parler une biographie ou un livre d’Histoire. Il s’agit plutôt d’un essai littéraire sur un fond historique, car l’auteur y propose l’hypothèse que Jimenez de Quesada aurait servi de modèle pour le Don Quichotte de Cervantès. Le livre d'Arciniega semble avoir eu une assez bonne réputation, car en plus de l’exemplaire en français que j’ai trouvé à la Bibliothèque Nationale, il y en un exemplaire dans sa version anglaise à l’Université McGill et à l’Université Concordia et un autre en espagnol à l’Université de Montréal et à l’Université Laval. 

Le chevalier de l’El Dorado est le seul livre en français entièrement consacré à Jimenez de Quesada que l’on peut trouver à Montréal. Par contre, j’ai trouvé à la bibliothèque de l’Université du Québec à Montréal un ouvrage en français qui traite de «l’économie coloniale et travail indigène dans la Colombie du XVIe siècle». Il s’agit d’un travail intitulé L’envers de l’Eldorado réalisé par Thomas Gomez. On peut y trouver dans sa première partie un récit qui raconte la conquête du pays muisca par l’expédition commandée par Jimenez, mais l’intérêt de l’ouvrage réside plus dans sa description du contexte socio-économique de la nouvelle colonie ainsi que de ce qu’il adviendra des populations indigènes après leur conquête. On sait que les «indiens» ne représentent plus que 3.4 % de la population de l’actuelle Colombie, ce qui démontre l’ampleur du désastre démographique qui y fut à l’oeuvre.

C’est un peu mieux en anglais. En effet, on peut trouver The Conquest of New Grenada (qui date de 1922), de Robert Graham, à l’Université Concordia, l’Université McGill et à l’UQAM, ainsi que sur les rayons de la librairie Chapter-Indigo. De plus, il est disponible sur Amazon. Il y a aussi Invading Colombia, de J. Michael Francis, dont on peut trouver un exemplaire à la bibliothèque de l’Université du Québec à Montréal et à l’Université McGill, de même que sur Amazon. 

Si vous lisez l’espagnol, vous pouvez également trouver un livre intitulé Ximenez de Quesada en sus relaciones con los cronistas, de Demetrio Ramos Pérez, à la bibliothèque de l’Université de Montréal et à celle de l’Université McGill. Il y a aussi L’Epitome de la Conquista del Nuevo Reino de Granada qui est disponible à l’Université de Montréal.

Cette absence quasi totale de documentation en français, qui n’est d’ailleurs guère mieux en anglais est étrange alors que les biographies plus ou moins romancées de la vie de Cortés ou de Pizarro pullulent. Je n’ai eu que l’embarras du choix lorsque j’ai voulu me renseigner sur ces deux hommes.

Bien sûr, je suis conscient que la possibilité de trouver des livres sur l’histoire de la conquête de la Colombie ou sur la vie de Jimenez de Quesada n’est pas une priorité absolue, mais je crois qu’il devrait quand même être possible d’en trouver, car on ne sait jamais ce que sera l'effet de la lecture d'un livre.

Le premier livre que j’ai lu dans ma vie fut L’or des Incas, de Jacques Seyr (un pseudonyme de Henri Verne, l’auteur de la série Bob Morane), un petit livre de la collection Marabout Junior qui racontait la conquête du Pérou. Je l’ai reçu en cadeau en troisième année du primaire lors de la remise des prix de la fin de l’année. Le dernier jour d’école de l’année, il y avait une foule de cadeaux étalés sur le bureau de l’institutrice. Le premier de la classe choisissait celui qu’il voulait et tous les autres faisaient de même chacun son tour selon son rang. Je ne me rappelle pas s’il y avait un cadeau pour tout le monde. Probablement pas. Peut-être seulement pour les dix premiers. En tout cas, mon rang habituel étant le septième ou le huitième j’ai eu le droit de choisir quelque chose. Je ne me rappelle plus ce qu’il y avait d’autre : un ballon, une balle ou un batte de baseball, quelques livres peut-être…, j’ai pris L’or des Incas, et je ne le regrette pas. 


Ce fut le premier livre de ma bibliothèque, et ce n’était pas n’importe quelle sorte de livre : c’était un livre d’Histoire, un peu romancé sans doute, mais quand même une bonne façon de commencer. Je l’ai lu et relu pendant des années, à raison de trois ou quatre fois par année. C’est sans doute de là que vient mon goût pour l’Histoire. L’année suivante, j’ai vu au magasin général du village où je vivais un autre livre du même auteur dans la même collection : Les Conquérant du Nouveau-Monde, un livre dans la même veine que L’or des Incas, mais racontant cette fois la conquête du Mexique par Cortés. Ayant un peu d’argent de poche, je l’ai acheté. Ma vocation d’amateur d’Histoire était lancée. Toute ma vie j’ai aimé lire des livres d’Histoire, mais jamais, jamais, je n’avais entendu parler de Jimenez de Quesada avant de faire connaissance avec une colombienne et de m’être par la suite intéressé à l’histoire de son pays.  

Alors que le Canada et la Colombie viennent de signer, en août 2011, un Accord de libre-échange et que le nombre de colombiens vivant au Québec augmente d’année en année, il serait bon je crois que nous puissions partager des informations sur nos histoires respectives, qui, au fond, ne sont pas si différentes si on prend le temps de les étudier avec un peu plus d’attention. Ce que je me propose de faire en commençant par me documenter davantage sur l’histoire de la Nouvelle-Grenade avant de tenter une comparaison avec l’histoire de la Nouvelle-France. 


Pour me documenter sur l’histoire de la conquête de la Colombie, étant donné qu’il n’y a pour ainsi dire pas de possibilité de trouver des livres sur le sujet en français, je me rends sur le site de la bibliothèque virtuelle de la Biblioteca Luis Angel Arango de Bogota. Plusieurs ouvrages y sont disponibles en lecture libre, entre autres le tome 1 de l’Historia de Colombia, de Jorge Orlando Melo : El establecimiento de la dominacion espanola (Voir ici) qui est considéré comme ce qui s’est fait de mieux sur le sujet, et, un autre incontournable : Descubrimiento del nuevo reino de Granada y fundacion de Bogota (1536-1539), de Juan Friede (Voir ici).  

Historia-de-Colombia

Portada



(1) Tirée de L’Envers de l’Eldorado, économie coloniale et travail indigène de la Colombie du XVIe siècle, un ouvrage de Thomas Gomez publié en 1984 par l’Association des publications de l’Université Toulouse-Le Mirail.



mardi 12 mars 2013

Vidéo sur le Musée de l'or à Bogota en Colombie

Alors que j'étais en train de chercher une image, que je voulais joindre à un texte que je suis en train d'écrire sur la conquête de la Colombie, je suis tombé par hasard sur cette vidéo du Museo del Oro. 

Le Museo del Oro est ce que j'ai trouvé le plus intéressant à visiter à Bogota, la capitale de la Colombie.

Il s'agit d'un musée qui est entièrement consacré à la présentation d'objets en or fabriqués par les peuples qui habitaient ce pays avant l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle. Les pièces les plus spectaculaires ont été fabriquées par les Muiscas qui habitaient sur le haut plateau où s'étale aujourd'hui Bogota. Bien qu'on ne trouve pas d'or dans cette région, les Muiscas étaient d'habiles orfèvres et ils se le procuraient auprès d'autres peuples en l'échangeant contre le sel qu'ils produisaient ainsi que contre les draps de coton qu'ils tissaient.  

La vidéo est en espagnol, mais, comme il semble qu'elle est destinée aux enfants en apprentissage de l'espagnol comme langue seconde, sa narration est très simple, très lente et très bien articulée ce qui fait que je crois qu'elle est compréhensible pour un francophone. De toute façon, les images valent 1000 mots.  

mercredi 6 mars 2013

Histoire de la Colombie : le délire de la Conquête




Lors de mon récent et trop court séjour en Colombie en février dernier, j’ai eu le plaisir de recevoir un livre en cadeau.  Bien entendu un livre en espagnol, une langue avec laquelle j’arrive généralement à me faire comprendre dans les situations les plus élémentaires et à parfois comprendre mes interlocuteurs, quand ils ne parlent pas trop rapidement ; mais dans laquelle j’ai cependant la prétention d’être capable de lire des textes complets avec plus ou moins de facilité et plus ou moins d’exactitude selon la complexité de l’écriture, en m’aidant, il va de soit, d’un dictionnaire quand c’est nécessaire. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)





Ce livre, qui s’intitule : «Enigmas y arcano del delirio de la Conquista, rudimentos de legalitad y anarquia en la mentalitad colombiana, de Bastidas a Quesada», que je peux traduire par : «Énigmes et mystères du délire de la Conquête, rudiments de légalité et d’anarchie dans la mentalité colombienne, de Bastidas à Quesada»(1), a été écrit en 1993 par un psychanalyste, José Gutiérrez. Il m’a été offert la veille de mon retour à Montréal par Gabriel Restrepo, un sociologue très connu en Colombie et professeur de l’Universidad National à Bogota,.

J’étais d’autant plus honoré du cadeau qu’une dédicace de la main même de l’auteur adressée à Gabriel Restrepo se trouve dans cet exemplaire. Incidemment, Gabriel est l’auteur du texte de la quatrième page de couverture du livre. Cette présentation, tirée d’un compte-rendu de lecture qui a été publié dans le journal El Tiempo, est une excellente mise en contact avec l’oeuvre de Gutiérrez : 

«Le résultat est fascinant, bien que loin d’être conclusif... pour le moment, sans doute, une nouvelle interprétation de la Conquête en émerge, très éloignée à la fois de l’apologie hispanique comme de l’objection qui surgit chez ceux qui déplorent la brusque interruption de l’évolution indigène. Très bien documentée, autant dans l’ancienne que dans la nouvelle historiographie, l’oeuvre reflète ce qui a déjà été produit à partir de différentes visions contradictoires pour élaborer une nouvelle image plus vraisemblable de la conquête... les pistes qui surgissent du livre de Gutierrez pour dresser le portrait d’un inconscient collectif sont si fécondes... que bien que tant de mythes n’ont pas encore été dominés, ni toutes les énigmes déchiffrées, il en ressort la conviction d’avoir rencontré un solide chemin d’autocompréhension de nos origines historiques».  

Dès le lendemain de la soirée au cours de laquelle j’ai reçu ce livre en cadeau, c’est-à-dire dès que j’ai pu m’asseoir pour attendre l’heure du départ de mon avion dans la salle d’attente de l’aéroport El Dorado (2), je l’ai ouvert pour en lire la première page et j’ai aussitôt bloqué sur son premier paragraphe. Non pas que mon niveau de compréhension de la langue espagnole ne me permettait pas de le comprendre, car il ne se trouvait là aucun mot dont je ne connaissais pas le sens, mais plutôt parce que je ne comprenais pas trop où voulait en venir l’auteur. En effet, il y dit  qu’il avait peut-être oublié un événement primordial de l’histoire de son pays parce qu’à force de dédaigner l’importance de ce que l’on sait, on oublie. Il poursuit au paragraphe suivant en disant que c’est un peu la même chose qui se produit avec la psychanalyse dans l’exercice de laquelle le thérapeute doit faire semblant de ne pas savoir.     

J’avoue que je connais très peu de choses de la psychanalyse et que le discours de José Gutiérrez à son sujet m’a paru quelque peu obscur. Cependant, il ne s’éternise pas sur la question et, quelques lignes plus loin, il revient au fameux événement historique qu’il avait oublié et qui, opportunément, avait soulevé mon intérêt. 

Il s’agit de l’arrivée à Santa Marta, le 14 juin 1514, de ce qui, d’après lui, était la plus grande et la plus dispendieuse des expéditions espagnoles en Amérique. Je dis «d’après lui», car, je n’ai pas de certitudes là-dessus, bien qu’il soit possible qu’avec ses 22 navires et les plus de 2000 hommes qu’ils transportaient, ce fût en effet l’une des plus imposantes expéditions financées par la Couronne d’Espagne, qui, tout compte fait, a rarement sorti de l’argent de sa poche pour s’accaparer de son immense empire. La plupart des expéditions de découvertes et d’explorations étaient en effet financées par le privé. De plus, la date du 14 juin augmentait encore plus mes doutes sur la rigueur des informations historiques de Gutiérres, car Jorge Orlando Melo, dans son «Historia de Colombia : El establecimiento de la dominacion espanola», un des ouvrages les plus reconnus dans l’historiographie colombienne, affirme plutôt que c’était le 12 juin. 

Mais ce n’était pas cela qui me préoccupait le plus. Ce qui m’agaçait, c’était que je me demandais pourquoi il dit qu’il s’agissait là d’un événement primordial dans l’histoire de la Colombie. En fait, cette expédition commandée par Pedro Arias Davila, (mieux connu sous le nom de Pedrarias et surtout réputé pour avoir fait exécuter Vasco Nunez de Balboa, le découvreur de l’Océan Pacifique), ne fit qu’un très bref arrêt à Santa Marta pour s’y emparer de quelques indigènes dans le but de les vendre comme esclaves. Elle se dirigeait vers la Castille d’Or (qui recouvrait les territoires actuels du Nicaragua, Costa-Rica, Panama et la côte atlantique de la Colombie actuelle) dont Pedrarias venait d’être nommé gouverneur. Plusieurs expéditions avaient déjà exploré la côte atlantique de la Colombie actuelle : Rodrigo de Bastidas en 1500, Christophe Colomb lors de son quatrième voyage en 1503, Juan de la Cosa en 1504, Alonso de Ojeda et Diego de Nicuesa en 1510, sans parler des nombreuses expéditions illégales qui écumèrent cette côte pendant cette période pour s’y procurer de l’or et des esclaves.

Alors pourquoi Gutiérrez fait-il tout un plat du passage de l’expédition de Pedrarias à Santa Marta ce 14 juin 1514, en amorçant son essai avec l’évocation de cet événement ?

Il l’explique dans les pages suivantes. La flotte de Pedrarias avait retardé son départ de 5 mois pour attendre un document que les conseillers de la Couronne avaient mis du temps à finaliser. Ce jour-là, à Santa Marta, pour la première fois, mais loin d’être la dernière, le notaire de l’expédition a fait la lecture du «Requerimiento». Un document qui permettait aux Espagnols de déclarer la guerre aux indigènes et à les soumettre à l’esclavage en toute «légalité» s’ils ne répondaient pas positivement à la demande de soumission qui leur était faite dans ce texte au nom du Roi et de la très Sainte Église Catholique.  

Évidemment, il s’agissait là d’une formalité, et une véritable farce, puisque la plupart du temps le «Requerimiento» était lu, comme ce fut le cas à Santa Marta, en l’absence des principaux intéressés, les indigènes, et que, de toute façon, même s’il y en avait eu un, il n’aurait strictement rien compris puisqu’il n’y avait pas de traducteur. 

Autant pour Gutiérrez que pour quiconque examine la conduite de ces premiers explorateurs du Nouveau-Monde, il est normal de se questionner sur la manière dont les actes de ceux-ci ont été en contradiction avec leurs déclarations idéologiques. D’un point de vue psychologique, l’établissement des Espagnols en Amérique commença d’un très mauvais pied, et pas seulement d’un point de vu psychologique, car le «Requerimiento» entraîna une répartition des indigènes entre les conquérants et la mise en place du système des «encomiendas» : des terres qui étaient accordées aux plus méritants des conquérants auxquels ont attribuaient un certain nombre d’indigènes pour y travailler sous un régime quasi esclavagiste. Ce système, bien que révoqué un peu plus tard, s’est perpétué sous la forme des latifundias : de grands domaines agricoles qui exploitent les paysans sans terres. Il s’agit d’une problématique qui a été présente tout au long de l’histoire de la Colombie, et qui encore aujourd’hui continue de miner le climat social puisque les fondements historiques de la guérilla des Farcs se trouvent dans la question du partage des terres agricoles. Cette question est d’ailleurs à l’ordre du jour des discussions qui ont présentement lieu à La Havane entre le gouvernement colombien et cette organisation en vue d’arriver à trouver une solution au conflit armé qui sévit dans ce pays.  

Face à ce conflit et à l’ambiance de violence que l’on trouve en Colombie, je me demande comment cela s’est formé, car au-delà des explications sur le contexte économique, il faut, je crois, comprendre qu’elles en sont les origines historiques. Comment l’Histoire peut nous aider à comprendre la situation actuelle. Je m’interroge d’ailleurs aussi sur ce qui nous différencie de cet univers ici au Canada. Et, de la même manière, je me demande ce qui s’est passé en Nouvelle-France à l’époque des premiers établissements. Si Samuel de Champlain, le fondateur de Québec, en 1608, est connu pour avoir mis sur pied un système de relations amicales avec les premiers habitants de cette région, ce ne fut pas du tout le cas pour Jacques Cartier, qui soixante-dix ans auparavant (1534-1542) explora la vallée du Saint-Laurent et qui se comporta presque de la même façon que les Espagnols le firent plus au sud. Nous qui, au Canada, nous offusquons si facilement du cruel traitement que les Espagnols imposèrent aux indigènes des Caraïbes et du continent américain, étions-nous si différents en Nouvelle-France ? 

Les réponses à ces questions prendront probablement beaucoup de temps à se documenter et à s’élaborer. J’en ai probablement pour des années si je persiste dans cette voie. Cependant, quoi qu’il advienne, mon intention est de publier sur ce site les différentes étapes de ma démarche de recherche. Pour l’instant, voici deux exemples d’événements qui se sont passés, l’un à Santa Marta, le premier établissement permanent en Colombie et, l’autre, à Québec, le premier établissement permanent au Québec.   

Dans son troisième chapitre, José Gutiérrez examine le sort de Rodrigo de Bastidas, le premier et le «bon» gouverneur de Santa Marta qui fut assassiné en 1527 par 6 de ses 9 capitaines qui n’acceptaient pas qu’il leur interdise de faire des razzias dans les villages indigènes. Santa Marta étant le premier établissement permanent en Colombie ainsi que la première tentative de colonisation, ce crime, suggère le psychanalyste Gutiérrez dans son livre sur le délire de la Conquête, devient le péché originel de la fondation de la Colombie et il se demande si cet événement ne pourrait pas expliquer les tortueux méandres de l’âme colombienne qui aurait commencé à se forger à partir de cet obscur crime originel.

À Québec, en 1608, alors que la nouvelle colonie fondée par Champlain se préparait pour son premier hiver, une mutinerie éclata. Ses quatre meneurs furent dénoncés. Duval, leur chef, fut pendu, étranglé et décapité, et sa tête plantée sur un pique. Bastidas n’aurait pas fait mieux s’il avait pu réagir à temps. Mais est-ce que cela aurait changé quelque chose dans l’histoire de la Colombie ? Aucun des conquérants espagnols en faveur de relations plus humaines envers les indigènes n’a jamais été capable de s’imposer.    


  1. Rodrigo de Bastisdad, qui, en 1525, a fondé Santa Marta, le premier établissement espagnol permanent en Colombie, et, Jimenez de Quesada, qui, en 1538, a fondé Bogota, la capitale du pays.
  2. Le choix de ce nom pour l’aéroport de la capitale de la Colombie n’est pas innocent : la conquête du pays s’est faite au cours d’expéditions qui étaient à la recherche de l’El Dorado.


mercredi 20 février 2013

Récit d'un court séjour en Colombie


Au Québec, le droit à des vacances s’acquiert selon le nombre d’années de service à partir d’une année de référence qui va du 1er mai au 30 avril. Dans le privé, la plupart des entreprises exigent que leurs employés choisissent au cours du mois de mai les dates des semaines de vacances qu’ils veulent prendre au cours de l’année qui vient. 

Puisque je fais partie de l’équipe de fin de semaine, mes semaines de vacances consistent à ne pas travailler le samedi et le dimanche, ce qui me donne 12 jours de congé, soit du lundi au vendredi de la semaine suivante. Cette année, comme cela fait 3 ans que je travaille pour mon actuel employeur, en plus des deux fins de semaine que je dois prendre obligatoirement au mois de juillet j’ai eu le droit de prendre une troisième semaine et j’ai choisi, un peu au hasard, la première fin de semaine de février, question de briser la monotonie de l’hiver en allant me faire chauffer la couenne dans le sud. Je pensais alors à Cuba ou au Costa-Rica. Mais voilà qu’au cours de l’automne ma conjointe s’est vue offrir de participer, en tant que sociologue et anthropologue, à un séminaire international d'études sociales sur le football


SEMINARIO INTERNACIONAL (2013) DE ESTUDIOS SOCIALES SOBRE FÚTBOL:   Tema: “FÚTBOL, IDENTIDADES Y NACIONALISMOS”  COLOMBIA.



qui devait avoir lieu à Bogota et à Villavicencio du 29 au 1er février, soit en plein dans la semaine que j’avais choisi comme vacances ! C’était pour elle une belle occasion de faire connaître le livre qu’elle a publié en 2011 : Futbol desde la tribuna, pasiones y fantasia, Beatriz Velez, 



Fútbol desde la tribuna Pasiones y fantasias (Spanish Edition)

Pour moi, c’était la possibilité de connaître ces villes où je n’avais encore jamais séjourné bien que j’étais déjà allé plusieurs fois en Colombie : trois fois à Medellín, une fois à Cartagena et une fois à Santa Marta. Nous avons donc décidé d’y aller en prévoyant profiter de l’occasion pour aller faire un tour dans le département de Boyaca situé au nord-est de Bogota et réputé pour sa tranquillité et la beauté de ses paysages au point qu’on le surnomme la Suisse de la Colombie.  

Comme les autres fois, nous avons voyagé avec American Airlines qui offre plusieurs vols par jour de Montréal à Miami et de Miami à Bogota ou de Miami à Medellín. Il faut reconnaître que cette compagnie américaine fait un effort pour offrir un service bilingue sur ces vols. En anglais et en français de Montréal à Miami et en anglais et en espagnol de Miami à la Colombie. Cependant, même si les consignes de sécurité enregistrées sur vidéos sont équivalentes en français et en espagnol, le rapport direct entre les passagers et le personnel de la compagnie, que ce soit à l’aéroport ou à bord des avions, n’est pas comparables, car la grande majorité des agents de bord et des commis de comptoir travaillant sur les vols vers la Colombie sont parfaitement bilingues alors que ce n’est absolument pas le cas pour les vols de Montréal à Miami. 

Nous sommes arrivés à Bogota à 22 h 30, deux heures plus tard que prévu, car l’embarquement a été retardé. Un vol avait été annulé en matinée et ils tentaient de caser le plus de monde possible dans notre avion, mais ils avaient des problèmes avec le suivi des bagages ce qui s’est traduit par une ronde de vérifications et contre-vérifications.   

Guillermo Montoya, un jeune et sympathique anthropologue membre de l’Association colombienne de recherche et d’études sur le sport (Asciende), nous attendait et nous a conduits à notre hôtel dans le quartier de la Candelaria, le centre historique de Bogota. Un «Centro» qui ne paye pas de mine la nuit, ce qui soulève l’inévitable question de la sécurité. Pas question d’aller marcher dans les alentours une fois la nuit tombée, nous avertit Guillermo. Il n’avait pas besoin de le dire. Juste à voir, le genre d’individus qui rôdaient dans les rues et qui s’approchaient de notre auto aux intersections suffisait à le comprendre. Par contre, l’accueil fut chaleureux dans le hall de l’hôtel. Plusieurs des participants internationaux y étaient réunis : deux Brésiliens, un Argentin, un Chilien, deux Mexicains en plus de quelques locaux. Sur le coup, je fus enseveli de noms : Efrain, David, Pablo, Alvaro, César, Simoni, Daniel, Samuel... j’allais avoir 4 jours pour mieux les reconnaître.  

La suite de ce récit est disponible sur le site Atramenta. Vous pouvez y accéder en cliquant sur le lien suivant : ici


Couverture de l'oeuvre

jeudi 24 janvier 2013

Un roman de Paul Auster : Seul dans le noir



Je sais, j’avais déjà beaucoup de lectures en cours et j’en ai rajouté. Pourtant je ne lis pas tant que ça. Cela dépend des jours. Parfois je ne lis que les informations sur les sites de quelques journaux (Le Devoir, La Presse, Le Monde, Rue 89), mais parfois aussi je me lance dans un livre et j’y passe la plus grande partie de la journée. Quand je ne travaille pas bien sûr. 

En lisant des trucs sur le forum d’Atramenta, le site où je mets en ligne des textes que j’écris, j’ai trouvé une référence à un roman japonais : La pierre et le sabre, de Eiji Yoshikawa. Cela a éveillé ma curiosité et je me suis rendu à la succursale de la bibliothèque municipale de mon quartier pour me le procurer. En me dirigeant vers la section des romans, j’ai frôlé une des tables où la bibliothèque expose des livres choisis selon des thématiques qui varient de semaine en semaine et mes yeux se sont arrêtés sur un roman exposé là : Seul dans le noir, de Paul Auster. Je l’ai feuilleté et je l’ai pris en plus du roman japonais. 



En revenant chez moi, j’ai aussitôt commencé à lire le livre de Auster


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August est un journaliste retraité de 72 ans qui est resté handicapé à la suite d’un accident d’automobile survenu peu de temps après la mort de sa femme. Sa fille unique, Miriam, âgée de 47 ans divorcée depuis 5 ans et toujours inconsolable, l’a invité à venir vivre chez elle au Vermont, le temps de sa convalescence. Quelques temps après, elle a aussi recueilli Katya, son unique enfant âgée de 23 ans, qui vient d’abandonner ses études en cinéma à la suite de l’assassinat en Irak de Titus, un jeune homme avec qui elle était en relation depuis plusieurs années. 

August souffre d’insomnie : «Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête tout en m’efforçant de venir à bout d’une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain». Pour ne pas penser à ce qu’il préfère oublier, il s’invente une histoire dans laquelle un homme se réveille dans un autre monde, un monde parallèle en se basant sur une théorie développée par Giordano Bruno, un philosophe italien du 16e siècle. Selon celui-ci, l’univers est infini et est peuplé d’une infinité de soleils identiques au nôtre entourés d’une multitudes de planètes qui peuvent abriter des êtres comme nous. Évidemment, il sera brûlé vif pour cette hérésie. La télésérie Les rescapés présentée à Radio-Canada s'inspire de ses théories et une partie de l'intrigue se déroule autour d'un manuscrit de Giordano Bruno. Dans son roman, Auster utilise lui aussi à sa façon les théories du philosophe italien. Il fait dire à un de ses personnages que "il n’y a pas qu’un seul monde. Il y en a plusieurs et ils existent tous parallèlement les uns aux autres, mondes et antimondes, mondes et mondes fantômes, et chacun d’entre eux est rêvé ou imaginé ou écrit par un habitant d’un autre monde. Chaque monde est la création d’un esprit" (p.75).     

C’est fou, hein ? C’est pour cela que j’ai abandonné ma lecture. Je connais un peu Paul Auster et bien que j’ai déjà apprécié quelques unes de ses oeuvres, je sais aussi qu’il peut parfois être un peu barbant avec ses histoires où on n’arrive pas à savoir qui est qui tellement il aime confondre le lecteur avec des jeux sur l’identité du narrateur, et je me suis plongé dans La pierre et le sabre


Couverture

L’intrigue de La pierre et le sabre se déroule au Japon à la même époque que le célèbre Shogun de James Clavell. Il paraît cependant qu’il respecte plus le contexte historique que le romancier américain. Paru dans les années 1930 sous la forme de feuilletons dans un grand quotidien, il a eu un énorme succès. J’ai beaucoup aimé les premiers chapitres, autant par intérêt pour le contexte socio-historique qu’il me faisait découvrir que pour ses péripéties dans lesquels deux jeunes garçons partis à la guerre se retrouvent blessés après une bataille que leur armée a perdue. Cette bataille a été marquante dans l'histoire du Japon, car elle marqua l'avènement du système Tokugawa qui gouverna le Japon pendant plus de deux siècles après avoir fermé les frontières pour empêcher les contacts avec l'Occident et après y avoir instauré une ère de paix au cours de laquelle les samouraïs se convertir en bureaucrates. Ne pouvant plus combattre ils développèrent une philosophie de maîtrise de soi et utilisèrent l'escrime comme un moyen pour former leur caractère. 

C'était très intéressant, mais j’ai décroché au bout de quelques chapitres de lecture lorsque le héros se met à accomplir des exploits dignes des films de Kung-fu et je suis retourné au roman de Auster. Je viens d’en terminer la lecture après y avoir la presque totalité de la journée.     

Bien que l’histoire que se raconte August, le personnage principal de Seul dans le noir, qui souffre d’insomnie ne tient pas debout, sa structure est quand même intéressante. Le personnage qu’il invente se retrouve dans un monde parallèle : les États-Unis y sont déchirés par une guerre civile entre des états qui ont déclaré leur indépendance et le gouvernement fédéral. Ce personnage, Brick, se voit ordonné d’aller assassiner un homme parce que c’est dans la tête de celui-ci que se déroule cette guerre. En le tuant, il y mettra fin. Évidemment, cet homme n’est nul autre qu’August. Donc, celui-ci s’invente une histoire dans laquelle il sera assassiné. Sauf que Brick n’a pas du tout envie de tuer quelqu’un et qu’il se défile sans arrêt. Finalement, il se fera tuer lui-même, ce qui mettra fin à l’histoire qu’August se raconte, car celui-ci a autre chose à faire que de se raconter des histoires : sa petite-fille, qui ne dort pas elle non plus, vient se coucher avec lui comme elle le faisait quand elle était petite, et elle lui demande de lui parler de sa grand-mère, de lui raconter comment il l’a connue et comment ils s’étaient séparés et retrouvés plusieurs années plus tard. En échange, August la questionne sur sa relation avec Titus, le fils d’un couple d’amis qui s’est enrôlé comme chauffeur de camion dans une compagnie privée qui fournit du personnel à l’armée d’occupation américaine en Irak où il sera exécuté après avoir été enlevé.  

L’histoire du monde parallèle qui occupe pourtant près du trois quart du livre n’est finalement qu’un prétexte un jeu auquel se livre Auster. Il a peut-être une signification sous-jacente, mais je ne l’ai pas saisie à une première lecture et je ne crois pas que je vais me lancer dans une deuxième lecture. Par contre, la lecture de ce roman m’a donné envie d’écrire ce que vous venez de lire.  

mardi 8 janvier 2013

Lectures d’hiver


De retour à une vie plus tranquille après les diverses perturbations que nous a apportées cette année la période des fêtes de Noël et du Jour de l’An. 

Je croyais avoir annoncé ici la fin de mon écriture du premier épisode de Hugues et les Vikings. Je viens de me rendre compte que je ne l’avais pas fait. Le 10 décembre j’ai publié un post intitulé L’introduction de Hugues et les Vikings, mais, contrairement à ce que je pensais, je n’avais pas annoncé que l’épisode au complet était disponible sur le site d’Atramenta. Je dois avoir fait cela un peu avant Noël, le 20 décembre peut-être. Je viens d’effectuer les corrections qui s’imposaient sur ce post qui n’était pas actualisé, car j’y disais que je poursuivais l’écriture du premier épisode et qu’une dizaine de pages étaient disponibles sur Atramenta. En réalité il s’agit de 46 pages.

Je n’ai rien écrit au cours des dernières semaines. Peu lu aussi. En ce lundi 7 janvier 2013 je me retrouve cependant quelque peu déboussolé. J’ai beaucoup travaillé sur Hugues et les Vikings au cours du mois de décembre et je ne ressens pas l’envie de continuer cette histoire parce que cela impliquerait que je fasse énormément de recherches historiques dans un domaine que je ne connais pas beaucoup et qui est peu développé en français : la société musulmane espagnole du IXe siècle. De plus, comme j’ai reçu des commentaires très positifs sur Maria !  ainsi que sur les pages de la Question du temps qui sont disponibles aussi sur Atramenta, cela me donne envie de replonger dans ce roman pour tenter, encore une fois, de l’achever. Il se pourrait aussi que je me laisse tenter par une nouvelle idée qui me trotte dans la tête depuis quelque temps. Je vais voir.  

Quoi qu’il en soit, j’ai aussi beaucoup de lectures en attente et c’est de cela que j’aimerais parler. 



1) Les frères Karamazov


Je traîne cette lecture depuis des mois. Passionné au début, je l’ai quand même délaissée, car trop d’autres lectures sont venues me tenter. Et puis, c’est un peu longuet. J’en suis à la page 700 sur les 953 que compte le volume et je ne sais pas quand j’aurai le temps et le goût de m’y remettre. 



2) Le rêve de Champlain


Couverture du livre
J’ai reçu ce livre en cadeau à Noël et j’ai aussitôt commencé à le lire. C’est très bon. Je ne suis pas un passionné d’Histoire du Canada, mais si on me propose une lecture renouvelée de cette histoire, je suis preneur, et c’est justement le propos de David Hackett Fisher, un historien américain. Je crois que l’historiographie américaine peut nous offrir un regard neuf sur notre histoire. La barrière de la langue nous a longtemps empêchés d’accéder à un point de vue extérieur sur notre histoire. La traduction que nous offre les éditions Boréal est salutaire, car nous avons été trop longtemps à la merci d’historiens ayant une interprétation complaisante de notre passé. C’était normal dans le contexte d’une société qui voulait s’affirmer, mais la mondialisation nous oblige maintenant à jeter un regard plus objectif sur nos origines si nous voulons nous prendre nous-mêmes au sérieux.

Les Indiens, la fourrure et les Blancs




J’avais déjà ressenti un émerveillement semblable il y une vingtaine d’années en lisant Les Indiens, la fourrure et les Blancs, de Bruce G. Trigger, un professeur d’anthropologie de l’université McGill. Étrangement, la page couverture de ce livre reproduit exactement le dessin qu'utilise David Fischer pour illustrer son introduction au personnage de Champlain dans le Rêve de Champlain.  









One Vast Winter Count: The Native American West before Lewis and Clark (History of the American West)






Dans la même veine, il y a un chapitre dans le livre de Colin G. Calloway : One vast winter count, the native american west before Lewis and Clark, qui joue le même rôle. Il s’intitule Calumet and Fleur-de-lys et décrit la relation particulière qui unissait les Français aux Indiens d’Amérique. Il y a aussi plusieurs autres chapitres hyper passionnants dans ce livre dont un sur l’histoire de la diffusion du cheval dans les plaines de l’ouest : The coming of the centaurs, et un autre qui raconte tout un pan de l’histoire que l’on ne connaît pour ainsi dire pas ici : l’emprise des Espagnols sur le nord du Mexique et sur le territoire de ce qui est aujourd’hui le Texas, le Nouveau-Mexique, l’Arizona, ainsi que toute l’histoire des guerres qu’ils ont dû mener contre les tribus indiennes qui occupaient ce territoire où ils ont aussi rencontré des coureurs des bois canadiens-français. 






J’ai découvert le livre de Calloway en lisant 1491 de Charles C. Mann. Il y disait que bien qu’il avait écrit un chapitre sur l’histoire des Indiens des plaines nord-américaines avant l’arrivée des occidentaux, il ne l’avait pas inclus dans son essai parce Calloway le faisait déjà très bien dans son Vast winter count. Cela m’avait amené à lire son introduction et son premier chapitre disponibles sur Amazon.com et, même si je ne suis pas parfaitement bilingue, je l’ai acheté, et je ne le regrette pas.    





Ce qui m’a aussi poussé à inscrire le Rêve de Champlain dans ma liste de cadeaux souhaités pour Noël, c’est que j’avais appris qu’on y parlait d’un voyage que Champlain aurait fait dans les possessions espagnoles en Amérique, dont Cartagena en Colombie. Je rêve toujours d’écrire une histoire comparée de la Nouvelle-France et de la Nouvelle-Grenade, la Colombie actuelle.       



3) L’enquête de Philippe Claudel

Un achat impulsif que j’ai fait la veille du Jour de l’An alors que j’attendais en file dans une librairie pour payer des cadeaux que je voulais offrir à mes petits-enfants. Je n’en ai lu que quelques pages. Le temps m’a manqué pour aller plus loin.













4) Haine froide, À quoi pense la droite américaine ? de Nicole Morgan. 


Haine froide : à quoi pense la droite américaine ? - NICOLE MORGAN


Un essai que m’a conjointe s’est acheté et qui m’apparaît fort pertinent en ce temps où l’on parle de contrôle des armes à feu et de mur budgétaire dans un débat où nous avons du mal à comprendre comment des gens supposément intelligents peuvent défendre des idées aussi idiotes que le créationnisme ou la liberté totale pour les entreprises. D’après ce que j’ai lu dans son introduction, l’auteure concentre beaucoup son analyse sur l’idéologue Ayn Rand dont la philosophie haineuse nourrit la droite américaine.


5) Lectures sur le site Atramenta

Voulant recevoir plus de commentaires et avoir plus d'interactions avec d'autres auteurs sur ce site, je me dois d'y être plus présent et d'y lire et commenter des oeuvres qui y sont publiées. Comme dans toute chose, cela fonctionne beaucoup donnant-donnant. Si tu veux que je commente tes textes, commente les miens. C'est correct, mais cela demande un important investissement de temps.

Bien qu'on y trouve beaucoup de poésie, un domaine qui ne m'a jamais attiré, il y a aussi beaucoup de nouvelles, romans courts et romans longs. C'est difficile d'identifier ce qui vaut la peine ou non d'être lu, mais à force d'y fureter j'ai identifié plusieurs auteurs intéressants, très intéressants mêmes. 


6) Lost 

En plus de tout cela, je continue le visionnement de la télésérie Lost. Je l'inclus dans ma liste de lectures, car bien que ce soit télévisuel, c'est aussi un fascinant exercice de narration, qui est avant tout un travail d'écriture. 
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Il y a aussi Mad Men, la série préférée de ma conjointe, que j'accompagne dans ses visionnements alors que elle, par contre, ne veut pas regarder Lost qu'elle juge trop violent.